élections

Le cœur des Jurassiens ballotte

Les cinq conseillers d’Etat sortants arrivent en tête, talonnés par le socialiste Michel Thentz. L’UDC Dominique Baettig est loin derrière. La socialiste Elisabeth Baume-Schneider a flirté avec la majorité absolue

C’est devenu une habitude depuis 2002, lorsqu’ils avaient élu un parlement à majorité bourgeoise et un gouvernement de centre gauche: les Jurassiens déposent dans l’urne un bulletin ambivalent. Dimanche, ils ont placé aux cinq premiers rangs de l’élection au Conseil d’Etat les cinq ministres sortants, témoignant leur confiance dans l’équipe au pouvoir, tout en sanctionnant sévèrement celui qui s’était profilé comme l’homme fort du gouvernement, le démocrate-chrétien Charles Juillard. Comme prévu, le premier tour débouche sur un ballottage général, avec un gros suspense en vue du second tour: le socialiste Michel Thentz talonne les trois magistrats bourgeois, PDC et PLR.

Collectionnant les revers ailleurs en Suisse, le Parti socialiste est le gagnant de l’élection jurassienne au gouvernement. Sa ministre Elisabeth Baume-Schneider, à la tête du Département de la formation depuis 2003, a flirté avec la majorité absolue. Elle n’a manqué sa réélection au premier tour que pour 211 voix. Elle a été épargnée par les affaires qui ont égratigné ses collègues. «Je suis crédible dans les possibles et les impossibles, explique-t-elle. Je suis lucide dans mes entêtements, capable de travailler à des compromis. Je corresponds peut-être au profil des Jurassiens, un peu râleuse, mais résolument optimiste.»

Un autre ministre sortant réalise un bon score, le chrétien-social Laurent Schaffter. Avec 37,1%, il est certes éloigné d’Elisabeth Baume-Schneider et des 47% obtenus en 2006, mais son deuxième rang lui garantit de gouverner jusqu’en 2015. Les trois élus bourgeois du Conseil d’Etat font, eux, grise mine. Vainqueur de l’élection en 2006, le radical Michel Probst limite la casse en prenant le troisième rang, avec 35,6%. Son aura s’est ternie. Il conserve une bonne avance sur le sixième (1293 voix), mais son recul le fragilise. Il estime avoir été «flingué par certains journalistes».

Premier parti cantonal, le PDC fait pâle figure. Philippe Receveur est quatrième et Charles Juillard cinquième. Ce dernier ne précède le socialiste Michel Thentz que de 291 voix. «On m’a fait porter à moi seul le chapeau des affaires, même à l’intérieur du PDC, dit-il. Je m’attendais à être sanctionné. Mais ce résultat est pour moi un échec, après avoir trimé pour rétablir les finances jurassiennes. On m’a fait payer pour l’affaire du commandant de la police, au détriment d’un bilan global qu’on n’a pas voulu voir.»

Il y a plus mal loti encore que le PDC: le candidat UDC Dominique Baettig, qui draguait les mécontents, a mordu la poussière. Il termine à un piètre onzième rang, derrière le candidat de la gauche alternative Christophe Schaffter (7e), et celui des Verts Hubert Godat (8e). Les observateurs lui prédisaient plus de 20%, il doit se contenter de 15,8%. «Il y a quatre ans, le candidat UDC avait obtenu 9,5%. «Mon score constitue une progression, non? On m’a présenté comme un candidat sulfureux et dangereux, et la classe politique traditionnelle a serré les rangs. Je suis déçu qu’on laisse au pouvoir l’équipe de copains qui a généré les affaires qu’on connaît.» Ira-t-il au second tour? «Ce n’est pas décidé. J’aimerais que l’opposition, dispersée au 1er tour, s’allie au second pour provoquer la rupture.» Et de lancer un appel à Hubert Godat et Christophe Schaffter. «C’est tout simplement surréaliste et impossible», rétorque le Vert. A l’instar du candidat de Combat socialiste, il se désistera au profit de l’union de la gauche derrière les deux candidats socialistes.

Le second tour, le 14 novembre, verra s’affronter six candidats pour cinq places. L’invité surprise est le socialiste Michel Thentz, sixième dimanche avec le score inespéré de 30,7%. A 291 voix de Charles Juillard (5e), et 1293 du radical Michel Probst. «Je recueille les fruits du gros travail que j’ai effectué, comme président du PS, après nos déroutes de 2006 et 2007. En votant pour moi, la population a exprimé sa volonté de changement. J’incarne l’envie de mener des projets positifs, sociaux. Pour qu’on sorte de l’image d’enfer fiscal véhiculée par la droite.»

Michel Thentz fera équipe avec Elisabeth Baume-Schneider pour arracher deux fauteuils. Quelle sera la cible socialiste? «Ce que souhaite le PS, c’est obtenir deux sièges. Aux électeurs de décider.» Les socialistes peuvent compter sur la gauche, mais pas sur le Parti chrétien-social indépendant (PCSI). Son ministre, Laurent Schaffter, qui a vécu l’expérience du centre gauche entre 2003 et 2006, puis la majorité PDC-PLR ces quatre dernières années, affirme que «la meilleure solution pour faire avancer le Jura et réaliser des projets, c’est d’avoir quatre partis représentés au gouvernement. Pour s’assurer une majorité au parlement.»

Après une campagne plutôt terne avant le premier tour, les affrontements s’annoncent musclés en vue du second. Avec, forcément, une tendance au chacun pour soi, où chacun voudra défendre son propre siège. A voir les pertes qu’il enregistre au parlement, le PLR a tout autant de souci à se faire que le PDC.

Publicité