FIFA

Au cœur de l’enquête suisse, l’attribution des Coupes du monde 2018 et 2022

Les pays candidats ont multiplié cadeaux et versements pour s’attirer les faveurs des membres du comité exécutif de la FIFA. Une enquête interne de l’organisation livre certains détails – dont le sponsoring généreux d’un banquet africain par le Qatar

Soupçons sur deux coupes

Des fonds de développement versés aux pays africains représentés au comité exécutif. Des congrès sponsorisés aux Caraïbes. Des pistons pour faire embaucher des proches, des paiements à Jack Warner, le sulfureux ancien vice-président de la FIFA. Des cadeaux à des votants et à leur épouse… Selon le résumé du rapport de l’Américain Michael Garcia sur les conditions d’attribution des Coupes du monde 2018 et 2022, à peu près tous les pays candidats – Russie, Qatar, Angleterre, Japon, Australie, Corée du Sud, Etats-Unis – se seraient livrés à des manœuvres discutables pour obtenir des soutiens.

C’est la version intégrale de ce rapport commandé par la FIFA qui a servi de base à l’enquête pénale ouverte en Suisse par le Ministère public de la Confédération. Des 350 pages du document d’origine, seul un condensé de 47 pages a été publié en novembre. Et aucune sanction n’est tombée. Les preuves étaient insuffisantes pour revoter, a considéré la FIFA. L’enquête interne s’est néanmoins poursuivie. Mais au lieu d’en cibler les coulisses, elle vise désormais les acteurs de ces votes. C’est le successeur de Michael Garcia qui l’a rappelé mercredi dans un communiqué. L’enquêteur en chef du comité d’éthique de la FIFA, le Suisse Cornel Borbély, a précisé que plusieurs investigations étaient menées depuis décembre. Et que le cercle des personnes concernées pourrait s’élargir si nécessaire.

Dans le rapport Garcia, dont la publication sous une forme caviardée a poussé son auteur à démissionner, les deux pays désignés comme organisateurs sont eux aussi soupçonnés d’avoir usé de leur influence et/ou de leur porte-monnaie. En Russie, «il n’y avait pas suffisamment d’éléments de preuve» sur de possibles tentatives d’influence. Le problème, c’est que de nombreux documents n’ont pas été livrés à l’enquêteur. Les ordinateurs les contenant ont été détruits, selon les responsables russes.

Aux frais du Qatar

Côté qatari, le rapport évoque notamment le sponsoring en Angola d’un congrès et d’un dîner de gala de la Confédération africaine de football – cinq voix au comité exécutif. Le Qatar aurait versé 1,8 million de dollars pour apposer son logo sur les invitations, les menus et les programmes de ces journées au cours desquelles l’émirat a activement promu sa candidature.

Durant la campagne, deux de ses consultants auraient par ailleurs eu «des comportements contestables». Mais puisqu’ils n’ont pas de «fonctions officielles liées au football organisé», difficile de les soumettre aux règles éthiques de la FIFA, conclut le rapport.

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