Sommée de présenter un plan d'épargne pour 2004, à hauteur de 11 millions de francs (sur 960 millions de dépenses planifiées), la ministre socialiste Patrizia Pesenti s'est soumise «docilement» à l'injonction de ses collègues de la majorité bourgeoise, il y a quelques jours. Le problème est que la cheffe des Affaires sociales et de la santé n'appuie personnellement que 3 des 11 millions de coupe qu'elle va devoir effectuer dans son département. Un manque d'éloquence qui n'a pas été du goût des autres conseillers d'Etat, Marina Masoni, la directrice des Finances et de l'économie en tête et, qui ont prié leur collègue de revoir sa copie et d'y mettre davantage de conviction.

«Le gouvernement terrorise la population»

Exaspérée, Patrizia Pesenti a rompu le silence auquel se sont soumis les membres du gouvernement au lendemain de la crise d'octobre dernier, alors que la socialiste avait été temporairement destituée d'une partie de ses compétences par ses quatre collègues, comme mesure de rétorsion contre son manque de collégialité.

Dimanche, dans une interview accordée à l'hebdomadaire gratuit Il Caffè, Patrizia Pesenti a attaqué le gouvernement en accusant celui-ci de «terroriser la population. Il faut soutenir ceux qui en ont besoin et ne pas les abandonner.»

Une tension politique qui a pour toile de fond le 16 mai prochain. En marge des objets de votation fédérale, les Tessinois devront se prononcer sur quatre référendums lancés avec succès par la gauche au début de cette année. Les socialistes et divers syndicats s'opposent ainsi à plusieurs mesures d'épargne dans les domaines de la santé et de l'enseignement qui étaient prévues dans le budget cantonal 2004.

Menaces de destitution de l'exécutif cantonal

Un scrutin qui prend de plus en plus l'allure d'un vote de confiance à l'égard de l'exécutif tessinois, qu'une victoire de la gauche pourrait dès lors paralyser. Certains n'ont pas attendu pour lancer un nouveau pavé dans la mare. «Nous nous acheminons de plus en plus vers une récolte de signatures pour destituer les membres de ce gouvernement incapables de travailler ensemble», a laissé entendre Attilio Bignasca, chef de groupe de la Lega au Grand Conseil à Bellinzone, au lendemain de cet énième épisode de la crise tessinoise.