Le Temps: Les partisans du libre choix estiment que c'est une solution plus juste: les écoles privées ne seraient plus réservées aux enfants de parents aisés.

Regine Aeppli: La ségrégation serait pire. Les parents au bénéfice d'une formation plus élevée que la moyenne qui suivent de près le cursus scolaire de leurs enfants les enverraient dans des établissements avec leurs semblables. Les autres se retrouveraient entre eux. De plus, Pisa a montré que les écoles privées n'obtiennent pas des meilleurs résultats. Seul le milieu social est différent. Si ces écoles sont obligées d'accepter tous les élèves, comme le Lobby Parents le propose, cela reviendra au même.

- On ne peut pas en vouloir aux parents qui souhaitent la meilleure éducation possible...

- Non. Mais je pense que la vie est comme cela, elle n'est pas homogène. La confrontation avec des difficultés fait aussi partie du processus d'apprentissage. En tant que conseillère d'Etat, je dois garder en vue les réalités sociales. L'école publique est essentielle à la cohésion sociale.

- Que pouvez-vous faire pour garantir un meilleur équilibre entre les classes sociales?

- Les uns habitent la Goldküste, les autres Schwamendingen, c'est vrai. Avec des ressources supplémentaires pour les écoles au fort taux d'enfants de langue étrangère, nous essayons de réduire ces inégalités. Mais l'école ne peut éliminer cet écart et les expériences de transferts d'élèves entre quartiers aisés et défavorisés ont échoué. Il faut d'autres réponses aux différences sociales: l'intégration, l'urbanisme.

- Quelles seraient les conséquences de l'initiative pour l'école publique?

- On ne sait pas ce que veut vraiment cette initiative, et ce n'est pas possible de faire des calculs. Cela fait une grande différence si le choix est limité au sein de l'école publique ou s'il est ouvert à des écoles privées. Les communes sont les premières touchées, elles pourront à peine s'organiser.

- Certaines écoles privées offrent des modèles intéressants, comme l'enseignement bilingue. Pourquoi ne pas en faire profiter plus d'élèves?

- Je m'engage depuis vingt ans pour une école qui accueille les enfants toute la journée. Cela a un prix que la majorité politique n'était pas prête à payer. Avec la nouvelle loi scolaire, les communes doivent offrir cette possibilité selon la demande. Je me bats pour que toutes les communes aient la même offre.

- Chantal Galladé, votre collègue de parti, veut rallier le comité d'initiative. Cela vous fâche-t-il?

- Je fais de la politique depuis assez longtemps pour savoir qu'il y a une recette pour attirer l'attention des médias, c'est la dissidence! Je ne m'en offusque pas.

- Votre canton serait-il prêt à lancer un système de contrôles de qualité pour toutes les écoles?

- Un libre choix ne peut se faire qu'avec des tests d'aptitude. Nous en utilisons déjà dans le canton, mais ce sont des instruments à l'usage interne des enseignants. Je suis opposée à la publication généralisée de ces classements, car une note moyenne ne dit rien sur les prestations individuelles. Nous avons à Zurich des contrôles de qualité des établissements publics, qui s'effectuent chaque quatre ans. Si l'initiative devait être acceptée, les écoles privées devraient aussi s'y soumettre. Je doute que cela les enchante.