C’est non, non et encore non! Non à la propagande d’Etat, non à la suppression des libertés, non toujours à une société à deux vitesses. On l’a compris: les Amis de la Constitution ont plutôt mille raisons qu’une de rejeter la loi covid soumise en votation le 13 juin prochain. Même si les sondages ne les donnent pas vainqueurs, leur coprésident Werner Boxler y croit. «Contrairement au Conseil fédéral, nous allons faire une campagne basée sur des faits réels, et si nous parvenons à convaincre la population, nous pouvons gagner.»

Comment s’opposer à une loi qui a créé les bases légales pour venir à la rescousse de 100 000 entreprises et un million de personnes en débloquant des aides pour quelque 35 milliards de francs? Dans son appartement au nord de Lausanne, Werner Boxler ne décolère pas à propos de la propagande des autorités dans cette campagne. Les mots sont forts: «Supercherie, chantage, lavage de cerveau, démocratie en danger.» Jeudi dernier, les Amis de la Constitution ont encore écrit au président de la Confédération, Guy Parmelin. Ils s’en prennent à la brochure d’information que la Chancellerie envoie aux citoyennes et citoyens trois semaines avant la votation, qu’ils jugent très lacunaire. Celle-ci ne contient que le texte de la loi arrêté par le parlement en septembre 2020. Or, depuis, le législateur l’a complétée, notamment en créant les bases légales pour un certificat sanitaire en mars dernier.

Un certificat discriminatoire

«Ce certificat est discriminatoire, car il viole le principe fondamental de l’égalité de tous les citoyens devant la loi contenu dans la Constitution. En outre, il porte atteinte à la protection des données», s’irrite Werner Boxler.

C’est en mai 2020 que le fer de lance romand des référendaires prend conscience de l’ampleur qu’ont prise les restrictions des libertés en raison du droit d’urgence décrété par le Conseil fédéral. Il veut manifester contre la politique gouvernementale sur la place Fédérale à Berne, mais la police l’en empêche. Peu après, le 31 mai, quelques dizaines de personnes font le déplacement du Grütli – cette plaine mythique qui surplombe le lac des Quatre-Cantons – et déclament dans les quatre langues nationales le préambule de la Constitution, soulignant que «la force d’une communauté se mesure au bien-être du plus faible de ses membres».

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Un nouveau serment du Grütli en quelque sorte, marquant la naissance d’un mouvement citoyen «apolitique et indépendant». Sauf que l’ennemi, cette fois, n’est plus l’oppresseur venu de l’étranger. Ce sont les institutions du pouvoir: non seulement le Conseil fédéral, qui a décrété le droit d’urgence, mais aussi le parlement, qui a «démissionné» en interrompant brusquement sa session parlementaire, et la task force scientifique aux recommandations «extrémistes». Werner Boxler ne se lasse pas d’égrener tous les éléments de la loi castratrice qui en a découlé, laquelle supprime la liberté de réunion, la liberté d’expression, le droit à l’intégrité physique ou encore la liberté économique.

Si les sondages donnent une nette avance aux partisans de la loi covid, il ne faut pas sous-estimer la force de frappe de cette association constituée aujourd’hui de quelque 9000 membres. Non seulement elle a récolté plus de 90 000 signatures valables contre la loi covid en un temps record, mais elle a contribué à faire aboutir un autre référendum: celui s’opposant aux mesures policières de lutte contre le terrorisme, pour lequel elle a apporté 55 000 signatures.

Difficile de dresser un portrait-robot d’un ou d’une membre de cette association, tant les parcours de vie sont différents: Werner Boxler a travaillé durant trente-trois ans dans le domaine social, avant de se réorienter dans le coaching. Sa coprésidente, Marion Russek, a développé une chaîne d’hôtels en Afrique du Sud avant de se recycler comme chasseuse de têtes dans le canton de Zoug. Les rares dénominateurs communs qui les rassemblent sont le fait de n’avoir jamais trempé dans le bain politique, de s’opposer à la vaccination et d’avoir été choqués par la gestion jugée «calamiteuse» de la pandémie par les autorités.

Des référendaires de tous horizons

La plupart d’entre eux auraient souhaité que la Suisse suive le «modèle» de la Suède, qui a joué la carte de l’immunité collective. «Au final, il semble bien que les effets socio-sanitaires collatéraux dévastateurs pour une partie de la population dépendante de PME, de la culture et de la formation ont été de nature à aggraver la situation plus que l’épidémie elle-même», estime ainsi le médecin vaudois Philippe Saegesser le 29 avril dernier. La figure la plus controversée des référendaires est assurément la «docteure en médecine» Astrid Stuckelberger, qui ferraille tous azimuts. Elle conteste la réalité d’une deuxième vague du virus, remet en question les statistiques faisant état d’une surmortalité due à la pandémie et dénonce «une science totalement biaisée par des conflits d’intérêts».

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Faut-il pour autant ranger les Amis de la Constitution parmi les adeptes des théories du complot? «C’est absurde», rétorque Werner Boxler en brandissant la charte de l’association, qui s’engage pour une société non violente et pacifiste portée par des «valeurs de liberté, d’égalité, de fraternité, de transparence et de tolérance», assure-t-il en taclant une dernière fois le Conseil fédéral. «Contrairement à ce qu’il prétend, nous ne nous opposons pas aux aides financières, mais uniquement aux suppressions de libertés arbitraires et disproportionnées.»