«Nous avons beaucoup appris ensemble.» Les mots d’Alain Berset sont simples, mais ils disent l’essentiel: l’accueil dans les hôpitaux suisses de 52 patients contaminés par le coronavirus restera comme une leçon des deux côtés de la frontière. «Ma conviction est que l’effet de surprise sanitaire de la fin février-début mars ne se reproduira pas», a complété le conseiller fédéral, présent mardi 14 juillet aux côtés d’Emmanuel Macron lors du traditionnel défilé militaire, puis invité à déjeuner par le ministre français de la Santé Olivier Véran avec ses homologues allemand, autrichien et luxembourgeois. «Le deuxième choc, s’il intervient, aura un autre visage que le premier, poursuit-il. Et ce, parce que notre collaboration transfrontalière, au plus fort de cette crise, a porté ses fruits. La solidarité qui s’est traduite dans les faits, au niveau de nos gouvernements mais aussi des régions et des cantons, est riche en leçons pour mieux nous protéger des futures contaminations.»

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Une collaboration sanitaire plus intense à l'avenir

Ce 14 juillet 2020 n’était donc pas, contrairement aux apparences, que protocole, uniformes et remerciements diplomatiques. Première historique, la présence de quatre militaires suisses entourant le drapeau rouge à croix blanche sur la place de la Concorde a scellé, selon le chef du Département fédéral de l’intérieur, le bien-fondé d’une collaboration sanitaire plus intense et «dans les deux sens» entre pays voisins. «Il existe, depuis 2012, un réseau des ministres de la Santé germanophones et nous avions fini par nous demander si nos rencontres, chaque année, étaient vraiment utiles, confie Alain Berset. Or l’épidémie a apporté une réponse claire: lorsqu’un virus survient, sans que l’on sache quelle en sera la conséquence, il n’existe pas d’alternative à une bonne collaboration de part et d’autre des frontières, même si celles-ci, comme cela a été le cas, doivent être temporairement fermées pour endiguer la vague de contaminations.»

Collaboration, hier, en termes d’accueil hospitalier. Collaboration, demain, en termes d’accès aux vaccins ou aux matériels de protection et de traçage des «cas contacts»: «Cent trente projets sérieux de vaccins avancent dans le monde. La Suisse est associée à plusieurs d’entre eux. Mais l’enjeu du traçage est tout aussi important: tracer les individus à risque coûte cher, mais cela permet d’éviter le séisme économique d’un confinement généralisé tel que nous l’avons connu.»

Pas de comparaison entre les deux pays

Point clé de cette visite parisienne pour Alain Berset: les échanges d’expériences. Avec ce qu’il faut de nuances. La Suisse fédérale a-t-elle mieux fait que la France centralisée, où les erreurs présumées de l’Etat ont été souvent pointées du doigt? «Dans la réalité, la loi d’urgence en vigueur du 16 mars au 19 juin nous a permis de centraliser, au niveau de la Confédération, des décisions d’ordinaire du ressort des cantons, poursuit Alain Berset. Nous avons donc su nous adapter, comme l’avait anticipé notre loi de 2016 sur les épidémies. Pour le reste, chaque pays a ses spécificités mais je ne ferai pas de lien entre le type de système politique et le niveau de contamination. Ce dernier a beaucoup plus à voir avec la géographie, et avec les réseaux de circulation des individus.»

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La Suisse n’imposera pas en revanche au niveau national, comme compte le faire la France à partir du 1er août, le port du masque dans les lieux publics clos, commerces inclus. «La réponse incombe aux cantons», juge Alain Berset.

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