Granges-près-Marnand

La collision serait due au non-respect de la signalisation, selon la police

Au lendemain de la collision frontale entre deux trains de voyageurs qui a fait une victime à Granges-près-Marnand (VD), la police privilégie la piste du non-respect de la signalisation lumineuse par le conducteur du convoi provenant de Payerne. De nombreuses questions restent en suspens

(Dernière mise à jour: 19h15)

Synthèse début de soirée

Lors de l’accident qui s’est produit à 18h45, le conducteur en provenance de Payerne, un homme de 54 ans, a eu le temps d’actionner le frein d’urgence. Il a ensuite pu quitter la rame, a indiqué Jean-Christophe Sauterel, porte-parole de la police cantonale.

L’automotrice et ses deux wagons s’étaient auparavant arrêtés pour permettre aux passagers de monter et de descendre en gare de Granges-Marnand.

Le deuxième pilote conduisait l’accéléré, un RegioExpress qui ne s’arrête pas à cette halte. Ce Français de 24 ans vivant à Payerne est décédé. Son corps n’a été dégagé que vers 01h30. La famille est venue sur place et elle a pu se recueillir, a-t-il ajouté.

Amas de ferraille

Composé d’une automotrice et de trois wagons, le convoi où se trouvait la victime a rétréci de huit mètres. «On ne peut pas exclure qu’un passager se trouve dans cet amas de ferraille, même si nous n’avons aucun indice en ce sens», a relevé M. Sauterel. La rame sera amenée aux ateliers CFF d’Yverdon-les-Bains par la route. Les pompiers procéderont aux vérifications, a-t-il précisé.

Vingt-cinq personnes ont été blessées et conduites dans les hôpitaux de la région. Mardi deux adultes et un enfant étaient encore hospitalisés. Leur vie n’est pas en danger. Les adultes devraient pouvoir rentrer chez eux mardi encore.

Boîtes noires

Le conducteur du train régional a été entendu. «Sur cette base, nous privilégions la thèse du non-respect de la signalisation», a relevé M. Sauterel. Un agent des CFF était présent en gare, comme à chacun des quatre croisements qui ont lieu quotidiennement à Granges-Marnand aux heures de pointe. Ce régulateur du trafic a également été interrogé.

Le régional roulait à 40 km/h au moment de l’accident. On ignore la vitesse du RegioExpress pour le moment. Les deux boîtes noires sont en cours d’examen, a précisé M. Sauterel. Les investigations se poursuivent.

Le tronçon est équipé du système de sécurité Signum. Ce dernier freine un train seulement lorsqu’un feu rouge est passé de manière non autorisée.

Systèmes de sécurité

L’enclenchement de Granges-Marnand a été installé en 1958, mais on ignore de quand date le système de sécurité. Les installations ont été contrôlées en février, l’aiguillage en juin, a précisé Philippe Gauderon, chef des infrastructures des CFF.

Système «vieillot», Sigmun sera remplacé d’ici 2020-2022. Les CFF équipent petit à petit les voies du système ZUB. Plus récent et plus performant, il permet d’arrêter le train avant le danger.

Pas de gros problèmes

Malgré plusieurs accidents ces dernières années, Andreas Meyer a réfuté un problème général de sécurité aux CFF. «Elle est au cœur de nos préoccupations», s’est défendu le directeur de l’ex-régie qui a présenté ses condoléances à la famille et ses excuses aux blessés.

Selon lui, cette collision est comparable à celle qui s’est produite le 10 janvier à Neuhaus (SH), provoquant 26 blessés légers. Un feu rouge équipé de Sigmun avait également été grillé par un conducteur.

Après l’accident, les CFF ont confié une étude à des mandataires externes, dont le résultat est attendu ces prochains mois. Selon Andreas Meyer, le système européen ETCS2 serait nécessaire pour assurer un haut niveau de sécurité. Il faudrait au moins 10 ans pour l’introduire en Suisse, ainsi que deux milliards de francs.

Message du gouvernement vaudois Le Conseil d’Etat vaudois adresse ses condoléances à la famille du conducteur de train décédé. Dans un communiqué, le gouvernement transmet également un message de réconfort aux blessés et à leurs proches. Il souligne le travail «sans relâche» du personnel des services d’urgence et dit «attendre les conclusions de l’enquête qui déterminera les circonstances exactes de l’accident.

Croisement en gare en temps normal Les deux trains étaient à l’heure, précisent les CFF. Et la gare de Granges-près-Marnand est équipée d’un système de sécurité qui déclenche un freinage d’urgence en cas de problème. Philippe Gauderon, chef de CFF Infrastructure, a précisé la situation qui prévaut dans cette gare: le train en provenance de Payerne s’arrête pour déposer des passagers en gare. Cela permet, en temps normal, de laisser passer le convoi en provenance de Lausanne, qui lui ne s’arrête pas en gare.

Les deux boîtes noires doivent encore être analysées.

Andreas Meyer se dit bouleversé Le directeur des CFF, Andreas Meyer: «Je veux présenter notre sympathie à la famille de notre collègue. Nos excuses aux clients qui ont été concernés. Nous sommes bouleversés. Nous étions jusqu’à minuit sur place, en contact avec la famille du mécanicien qui a perdu la vie. En même temps, je suis soulagé que la plupart des blessés aient pu quitter l’hôpital ce matin.»

Il précise que la signalisation fonctionnait au moment des faits. Une personne était présente à la gare pour régler la sécurité des trains.

«Nous n’avons pas de gros problèmes de sécurité sur le réseau», assure-t-il, malgré les récents accidents survenus, notamment à Neuhausen (SH).

Non-respect de la signalisation lumineuse La conférence de presse des CFF et de la police cantonale vaudoise a débuté. Au lendemain du drame, «les enquêteurs privilégient la piste du non-respect de la signalisation lumineuse à la sortie de la gare de Granges-près-Marnand», précise le communiqué transmis aux médias et relayé par notre correspondant Nicolas Dufour.

Le conducteur dans le train en provenance de Lausanne est décédé sur les lieux. Il avait 24 ans et vivait à Payerne. Sa rame s’est réduite de huit mètres sous l’impact. La police n’exclut pas qu’il y ait encore une victime dans cette rame.

En face, le mécanicien aux commandes du train en provenance de Payerne a eu le temps d’actionner le frein d’urgence. L’homme de 54 ans a ensuite quitté la rame.

En ce moment, trois personnes sont encore à l’hôpital.

Conférence de presse des CFF Les CFF convoquent les médias à 11h45 pour une conférence de presse autour du drame survenu lundi soir. Elle aura lieu en présence d’Andreas Meyer, directeur général des CFF, et Philippe Gauderon, chef de CFF Infrastructure. Les circonstances du drame seront peut-être éclaircies durant ce point de presse. Interrogé par «24 heures», Guy Delpedro, syndic de la commune fusionnée de Valbroye, sur laquelle se trouve Granges-près-Marnand, suppose que le train régional en partance pour Lausanne pourrait être parti trop tôt. «D’habitude, le train régional attend en gare de Granges-près-Marnand que le direct l’ait croisé», note-t-il. Il insiste sur le fait qu’il s’agit d’une «supposition».

■ Bilan revu à la baisse en ce qui concerne le nombre de blessés Interrogé dans le journal de 7h de la RTS, le porte-parole des CFF a confirmé ce matin que le nombre de blessés, établi à 35 lundi soir, était de 26, dont 5 grièvement.

Le corps du conducteur découvert Vers 1h30 du matin, les opérations menées par les pompiers ont permis de séparer les deux motrices et de dégager le cockpit de l’une des deux locomotives. A l’intérieur, les secouristes ont découvert le pilote sans vie. Le procureur a ordonné une autopsie afin d’identifier formellement le corps.

Hotline mise en place Les opérations de dégagement de la voie se sont poursuivies durant la nuit. La ligne entre Lucens et Payerne devait rester fermée mardi. L’ex-régie fédérale a ouvert une hotline téléphonique, les personnes qui le désirent peuvent obtenir des informations au 0800 722 2 33.

Transports de remplacement Lundi soir, un service de bus de remplacement a été mis en place. Le temps de parcours sur la ligne était prolongé de 15 minutes.

Secours et enquête Au total, plus de 30 ambulances, le détachement du poste médical avancé avec 19 personnes et 15 samaritains, 37 gendarmes et 28 pompiers ont été envoyés sur les lieux de l’accident. Egalement sur place, le procureur de service a ouvert une enquête.

Il a confié les investigations au Service d’enquête suisse sur les accidents (SESA), ainsi qu’aux gendarmes de l’unité de circulation.

Erreur humaine ou problème technique, on ne sait pas encore, a indiqué lundi soir une porte-parole des CFF. Un spécialiste du bureau des accidents de train est arrivé sur les lieux une heure après la collision. Il devra déterminer lequel des deux systèmes de sécurité des CFF était utilisé sur la ligne.

L’accident Le choc a eu lieu vers 18h50. Une collision frontale entre deux trains de voyageurs s’est produite lundi à la sortie de la gare de Granges-près-Marnand (VD), sur la ligne Palézieux-Payerne. Le trafic a été interrompu entre Moudon et Payerne. Plusieurs ambulances, les pompiers, la police et un hélicoptère de la Rega sont rapidement arrivés sur place.

Les deux convois transportaient 46 personnes, toutes de nationalité suisse, a indiqué la police cantonale vaudoise. De nombreuses ambulances sont arrivées rapidement sur les lieux, ainsi qu’un hélicoptère.

Vingt-six personnes ont été emmenées par la Rega ou par ambulance aux hôpitaux de Payerne, d’Yverdon, de Montreux, de Fribourg et au CHUV à Lausanne. Cinq d’entre elles étaient grièvement blessées.

Les personnes plus légèrement blessées ont été prises en charge par des médecins sur place. Plusieurs victimes étaient en état de choc et les CFF ont organisé une cellule de soutien psychologique.

Les circonstances et causes exactes de l’accident ne sont pas encore connues. Mais selon les premières informations, l’un des convois sortait de la gare de Granges-près-Marnand tandis que l’autre était sur le point d’y entrer. Ils se seraient télescopés à quelques mètres de l’aiguillage, sur l’unique voie. L’un des deux trains aurait démarré trop vite, provoquant la collision frontale.

La vitesse des trains au moment de l’impact n’a pas été précisée. Les deux trains transportaient 45 personnes, dont les deux conducteurs.

Série noire Ce drame survient quelques jours après la catastrophe ferroviaire de Saint-Jacques-de-Compostelle en Espagne qui a fait 79 morts et plus de 70 blessés, dont une vingtaine dans un état grave.

En Suisse, la dernière collision de trains en date a eu lieu en janvier de cette année à Neuhausen (SH). Elle était due au non-respect d’un signal et a fait 25 blessés légers. Il faut remonter à octobre 2003 pour un accident aussi grave. Une collision à Zurich avait alors fait 45 blessés.

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