A Collombey, la raffinerie dormira très longtemps

Valais La mise hors service du site de Tamoil sera achevée en octobre

Les investigations environnementales débutent cette semaine

La raffinerie est plongée dans un coma artificiel. C’est de l’azote qui circule désormais dans ses tubulures labyrinthiques. Les activités de raffinage sont interrompues depuis mi-mars. Les ouvriers nettoient le site avant de mettre définitivement la clé sous la porte. Le mythe du repreneur providentiel s’est évanoui. Le canton craint de voir une vaste friche industrielle vieillir, abandonnée dans le Chablais. Sur ordre du canton, les premiers forages des investigations environnementales de détail ont eu lieu ce mardi. Les dirigeants de Tamoil ont invité une poignée de journalistes pour défendre leur vision de la situation du site.

Aujourd’hui, 90 employés de Tamoil et 210 spécialistes engagés par des sous-traitants nettoient les 120 hectares de conduites enchevêtrées de la raffinerie. En octobre, il ne devrait plus subsister d’hydrocarbures dans les unités de production. Seules dix personnes resteront sur le site pour garantir leur maintenance. A Collombey, la société continuera à exploiter le dépôt et la gare de chargement qui approvisionnent ses 301 stations-service.

C’est le directeur de la raffinerie, Pierluigi Colombo, qui supervise les travaux. Il avait déjà dirigé la raffinerie de Crémone en Italie lors de l’interruption de sa production en 2010, et il a été condamné à une année et huit mois de prison avec sursis pour désastre environnemental par négligence. Il a fait appel. La sanction était assortie d’une interdiction d’exercer sur le territoire italien. «A l’interruption des activités de raffinage de Crémone, nous avons continué à entreposer du pétrole dans les cuves. Ici, il n’y aura plus d’hydrocarbures sur le site», explique-t-il en anglais. Pour le reste, les mesures de conservations prises en Valais sont les mêmes que celles qu’il avait appliquées en Lombardie en 2010.

Jusqu’en mars dernier, le gouvernement valaisan a tenté de favoriser le rachat de la raffinerie. Quatre candidats jugés crédibles se sont annoncés. Parmi eux, l’homme d’affaires franco-libanais Roger Tamraz, fondateur historique de Tamoil, n’était pas le plus discret. Aujourd’hui, le secrétaire général de la société, Stéphane Trachsler, répète toujours que Tamoil analyse toutes les propositions sérieuses qui lui parviennent, mais personne ne semble savoir qui a le pouvoir de décision. «La question dépasse mes compétences», avoue Stéphane Trachsler, après une longue hésitation. Tamoil appartient à Oilinvest, détenu à 30% par des intérêts publics libyens. Mais en Libye, aujourd’hui, il y a deux gouvernements, et deux parlements. La situation politique ne favorise pas une décision de vente, qui serait aussi soumise à l’autorisation du canton. Elle est conditionnée au dépôt d’une garantie destinée à l’assainissement.

Au Service valaisan de la protection de l’environnement (SPE), on a une vision différente de la situation. Si l’interruption des activités de raffinage garantit la réduction des émissions polluantes, c’est surtout le passé du site qui inquiète. A Collombey, le brut a été raffiné pendant plus de cinquante ans. Les investigations menées depuis 2001 ont montré que les conduites d’eaux usées, qui dataient des années 1960, ont fui jusqu’aux travaux de 2013. Ce sont aussi trois pollutions majeures aux hydrocarbures qui ont souillé les sols et les eaux suite à des accidents survenus entre 2005 et 2009. Classé «site pollué à surveiller» par le SPE en 2004, la raffinerie est devenue «site pollué nécessitant une surveillance avec localement des nécessités d’assainissement» en 2014. En octobre de cette année-là, après plusieurs demandes, Tamoil transmet des sondages par diagraphie au canton. Les analyses confirment la présence de substances polluantes, parmi lesquelles du MTBE, et des hydrocarbures.

Après avoir réinterprété les résultats lui-même, le SPE exige des investigations de détail et une garantie financière. Tamoil s’oppose à la décision en raison de la caution, mais accepte de mener les investigations complémentaires. Les forages débutent finalement cette semaine et les résultats sont attendus pour octobre. Il s’agit de quantifier les concentrations de polluants, et de préciser la localisation des foyers de pollution. Pour Tamoil, comme pour l’Etat, l’enjeu est immense. C’est sur la base de ces données que seront ordonnées les mesures d’assainissement que la société devra financer. Pour rendre une telle décision, il faut prouver que des hydrocarbures flottent sur la nappe phréatique, ou que les eaux souterraines contiennent des concentrations de polluants supérieures aux normes définies par l’ordonnance sur les sites contaminés.

La guerre ne fait donc que commencer. Depuis 2006, le canton a rendu dix décisions dans le dossier, et Tamoil s’est opposé à sept d’entre elles, parfois jusqu’au tribunal fédéral. L’Etat reproche aussi à la société d’avoir «documenté très sommairement» les échantillonnages d’eau prélevés sur le site depuis 2004, alors que la manière dont sont réalisés les prélèvements peut influencer les résultats. Le SPE a fini par mandater sa propre analyse indépendante des eaux souterraines, qui a confirmé une pollution marquée au benzène et à des additifs de l’essence. «Tout a été fait comme nous l’a demandé l’Etat», s’emporte Stéphane Trachsler, en assurant que Tamoil a toujours respecté les lois. «Au final, c’est vrai, mais après avoir passablement recouru contre les décisions rendues», nuance Cédric Arnold, le chef du service de l’environnement. A Collombey, les procédures juridiques ralentissent les mesures depuis dix ans.

«Tamoil respecte la loi après avoir recouru contre les décisions rendues»