Énergie

Le combat contre l’autoroute électrique reprend

Les opposants à la ligne à très haute tension Chamoson-Chippis vont déposer une demande de révision de la décision du Tribunal fédéral, qui avait validé le tracé en septembre 2017

Déboutés par le Tribunal fédéral (TF) il y a moins d’une année, les opposants à la ligne à très haute tension qui doit voir le jour entre Chamoson et Chippis repartent au combat. Un rapport dévoilé la semaine dernière les pousse à demander à ce que le TF se penche à nouveau sur ce dossier.

L’avocat des opposants, Jacques Philippoz, nous a confirmé ce mercredi qu’il allait déposer une demande de révision de la décision des juges de Mon-Repos, qui ont approuvé, en septembre 2017, le tracé de cette ligne aérienne, tel que validé par l’Office fédéral de l’énergie en janvier 2015. «J’ai organisé une réunion avec mes clients lundi soir, détaille Jacques Phillipoz, et ils ont accepté le principe de cette requête.» L’avocat espère pouvoir la déposer au plus tard mi-juillet.

Un rapport jusque-là inconnu

Cette demande fait suite à la divulgation, la semaine passée par Canal9, d’un rapport du Bureau d’études géologiques SA. Cette étude date du 13 juin 2016, mais elle n’avait jamais été rendue publique jusque-là. Elle conclut que 34 des 52 pylônes projetés pour cette ligne sont exposés à des dangers naturels et que les risques de dommages pour ces pylônes ne peuvent pas être négligés. Pour Jacques Philippoz, qui incarne ce combat depuis plus de trente ans, ce rapport offre une vision totalement nouvelle.

«Au moment de la décision du TF, nous savions que deux pylônes posaient problème. Cette situation catastrophique n’a jamais été évoquée», fulmine-t-il. Au vu de ces nouveaux éléments, les opposants souhaitent donc que les juges fédéraux statuent sur leur propre décision. Mais pour appuyer une telle demande, les opposants ne peuvent pas présenter de faits nouveaux. Ils doivent invoquer des faits anciens, qui n’étaient pas connus au moment du verdict. «Nous sommes exactement dans cette situation», se réjouit Jacques Philippoz. Il en veut pour preuve la date de publication de l’étude.

Le Bureau d’études géologiques SA a rendu son rapport plus d’une année avant le verdict de Mon Repos, ce qui fait dire à l’avocat que Swissgrid l’a intentionnellement caché. Or, pour Jacques Philippoz, cette étude est fondamentale. Il est convaincu que la décision aurait été toute autre, si les juges fédéraux avaient eu connaissance de ce rapport au moment de trancher.

«La ligne aérienne va coûter un saladier»

En jouant ce nouvel atout, les opposants espèrent que le TF leur donnera raison et qu’ainsi la ligne sera enterrée. Car c’est bien là leur seul souhait depuis le début. Ils n’ont jamais contesté la nécessité de cette ligne à très haute tension, mais se sont toujours battus pour qu’elle ne soit pas aérienne. L’argument du coût plus important d’une variante enfouie leur a toujours été opposé. Pour Jacques Philippoz, le rapport du Bureau d’études géologiques vient le balayer: «Avec cette étude, on se rend compte que la ligne aérienne va coûter un saladier.»

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Président de l’association Haute Tension sous Terre, le conseiller national Mathias Reynard abonde dans ce sens. Il évoque la construction, sur les hauts de Sion, d’un pylône d’une autre ligne pour étayer son argumentation: «Les coûts des mesures de protection de ce pylône ont dépassé le million de francs, selon l’adjudication des travaux. Si les chiffres sont identiques pour les 34 pylônes qui posent problème, la facture va exploser.»

Les travaux ont débuté

Les coûts de la construction de cette ligne THT sont estimés à 100 millions de francs. Ce montant englobe également le démantèlement de 90 kilomètres d’autres lignes aériennes. Selon Swissgrid, la facture finale ne devrait pas évoluer à la hausse: «Nous ne pensons pas que les coûts supplémentaires auront une grande influence sur l’ensemble des coûts du projet», nous a répondu l’entreprise. Elle précise que «la ligne sera construite telle qu’elle a été approuvée par l’Office fédéral de l’énergie et le Tribunal fédéral».

Les travaux préparatoires ont d’ailleurs déjà commencé et la construction, à proprement parler, débutera au mois d’août. Pour Swissgrid, l’étude dévoilée la semaine dernière «ne révèle pas de faits nouveaux, puisque l’implantation de pylônes en zones d’instabilité de terrain fait l’objet d’une charge du permis de construire octroyé par l’OFEN.»

Cette charge impose notamment à Swissgrid de déterminer les mesures à appliquer en collaboration avec le géologue cantonal Raphaël Mayoraz. Ce dernier a rendu un rapport, début juin, dans lequel il précise qu’il ne peut pas se déterminer en l’état actuel des connaissances. Des analyses supplémentaires, sur le terrain, s’avèrent nécessaires pour permettre une évaluation objective des mesures à prendre, explique le géologue cantonal. Et ces travaux pourraient durer plusieurs mois, voire plusieurs années. D’ici là, Raphaël Mayoraz rencontrera Swissgrid mi-juillet pour faire un point sur l’avancement des travaux.

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