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L'école Moser à Genève.
© Ecole Moser

Enseignement

Le combat des écoles privées pour la maturité

L’Ecole Moser de Genève va obtenir d’ici peu la reconnaissance de la maturité cantonale, au terme d’un long processus. L’Institut Florimont suit le même chemin. Dans le canton de Vaud en revanche, ce n’est pas à l’ordre du jour

Alain Moser, le patron de l’école privée du même nom, a de la suite dans les idées. Voilà près de vingt ans qu’il se bat pour faire reconnaître la maturité cantonale dans son établissement. Sa ténacité est sur le point d’être récompensée: cet automne, la reconnaissance définitive de ce titre devrait lui être accordée.

C’est heureux pour lui, car cette absence commençait à avoir de fâcheuses conséquences. «Cette année, une trentaine de familles ont retiré leurs enfants de notre établissement après le cycle d’orientation pour les mettre au collège public, explique Alain Moser. Car les parents n’avaient pas la garantie de cette reconnaissance.» Quelle différence cela fait-il, puisque la maturité fédérale accordée par les écoles privées ouvre aussi la porte des universités suisses? A l’école publique, chaque canton délivre une maturité cantonale et du même coup fédérale. Dans les écoles privées, cette voie royale n’existe pas. Seul un titre de maturité fédérale est décerné, et dans des conditions qualifiées d’«injustes» par Alain Moser: les examens ont lieu à la fin de l’été, dans un autre canton, sous la surveillance de professeurs de l’école publique, selon un programme défini par la Confédération et moyennant une taxe de l’ordre de 1200 francs. «Toutes ces difficultés supplémentaires sont iniques, alors que les parents paient deux fois la scolarité de leurs enfants: par l’écolage versé à notre établissement et par leurs impôts qui aident à financer l’enseignement public», estime-t-il.

En 2016, une démarche de l'Ecole Moser: C’est la rentrée à l’école numérisée

Période d’observation de trois ans

Aussi le père d’Alain Moser avait-il entrepris de se battre pour l’égalité de traitement, sous l’ère de la conseillère d’Etat PLR Martine Brunschwig Graf déjà. Mais rien n’a bougé lorsqu’elle quitte l’exécutif en 2005. Alain Moser, qui entre-temps a repris les rênes de l’école, se tourne donc vers son successeur, Charles Beer. Le socialiste lui signifie qu’il est sensible au problème, mais ne saurait signer son premier acte de législature en faveur de l’enseignement privé. Il le fera dix ans plus tard, entrouvrant ainsi la porte à la négociation, avant de refermer celle du Conseil d’Etat. C’est alors à la socialiste Anne Emery-Torracinta qu’échoit ce dossier. Qu’est-ce qui l’a décidée à le faire aboutir? «La décision date d’avant l’arrivée de la conseillère d’Etat, qui a continué le processus entamé pour des raisons de pérennité de l’Etat», répond son porte-parole, Pierre-Antoine Preti.

Un protocole est enfin signé voici deux ans. Il prévoit une période d’observation de trois ans. «Le canton va demander à reconnaître la maturité de l’Ecole Moser durant l’automne, confirme Pierre-Antoine Preti. Et cela au terme d’un processus d’analyses et d’audit commencé il y a plusieurs années et après plusieurs visites de l’école par les experts, y compris lors des examens de maturité. Le processus a nécessité de nombreuses adaptations dans les plans d’études, les objectifs et contenus des cours ainsi que sur le plan réglementaire.» Le coût des experts cantonaux est à la charge de son établissement, précise Alain Moser, qui poursuit: «C’est un processus très lourd et décourageant. Cela a dissuadé plusieurs écoles privées qui ont préféré s’en tenir au baccalauréat international ou au bac français.» A la notable exception de l’Institut Florimont, qui est aussi entré dans la danse: «Nous avons entamé le processus à la rentrée de 2014. Après avoir reçu notre reconnaissance provisoire, nous sommes en attente de la reconnaissance définitive», explique Boris Drahusak, directeur pédagogique. Il explique cette volonté par le fait que «la maturité cantonale requiert davantage de souplesse pédagogique, moins de bachotage, et c’est précisément ce que vise notre institut».

«C’est une question de survie»

Un argument certes important pour Alain Moser, qui ose aussi avancer une raison plus prosaïque: «Obtenir cette reconnaissance, c’est une question de survie pour nous. C’est vrai à Genève mais aussi dans le canton de Vaud, puisque nous avons une école à Nyon.» Mais dans ce canton, il a pour l’heure fait chou blanc: «Nous avons reçu un courrier la semaine dernière nous annonçant que ce dossier n’était pas une priorité», raconte-t-il. Contactée, la conseillère d’Etat Cesla Amarelle motive ainsi sa position: «La priorité du canton de Vaud dans le secondaire II, c’est d’œuvrer à une revalorisation de la formation professionnelle. Le moment n’est donc pas favorable à une ouverture de la maturité vaudoise aux écoles privées puisque ce domaine est déjà largement couvert par une offre publique diversifiée et de qualité. C’est une question de cohérence politique. Par ailleurs, le partenariat avec les écoles privées existe. Elles sont plusieurs à offrir le cursus du baccalauréat international indispensable à l’attractivité du canton vis-à-vis des sociétés étrangères. Cet équilibre fonctionne à satisfaction.»

«Pas un cadeau aux riches étrangers»

Pour Alain Moser, c’est incompréhensible: «Aucun pays européen ne traite ainsi ses écoles privées. De plus, pour les parents, rien n’est déductible des impôts. Et qu’on ne vienne pas me dire que la reconnaissance est un cadeau aux riches étrangers. Nos clients sont aussi des Suisses de la classe moyenne.» Il fait valoir que les écoles privées représentent une économie pour les cantons: «Genève épargne un demi-milliard par an avec les élèves scolarisés dans le privé, quand on compte les coûts directs et indirects qu’ils représenteraient, comme les infrastructures.» Pour le canton, le coût moyen annuel d’un élève est de 21500 francs (2017). Cette année-là, Genève comptait 97 400 élèves dans le secteur public et 12 900 dans le privé. Un chiffre en augmentation depuis 2010. Les élèves du privé n’étaient que 119 à avoir obtenu une maturité suisse, contre 1039 à avoir eu d’autres diplômes. Preuve que l’obtention de la maturité est bel et bien un parcours du combattant.

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