«A notre jeunesse pour sa santé! A nos vieux pour leur bien! A notre culture fruitière pour sa prospérité! Oui au régime de l'alcool.» Le message est limpide... comme de l'eau de roche. Or le débat porte, au contraire, sur l'eau-de-vie en 1930, lorsque cette affiche est placardée sur les murs du pays.

Depuis la fin du XIXe siècle, le problème de l'alcool a fait l'objet d'une dizaine de votations populaires. En 1885, la population octroie à la Confédération le pouvoir de légiférer en matière de fabrication et de vente de boissons distillées. Deux années plus tard, une loi d'application crée un monopole fédéral de l'alcool. Or cette loi ne concerne que les eaux-de-vie de pomme de terre et de céréales. L'extension considérable de la distillation de vin et de fruits, dans le premier tiers du XXe siècle, amène l'Etat à élaborer un régime plus global.

Sur le modèle américain

Mais, pour des raisons de salubrité publique, les associations de prévention contre l'alcoolisme, qui se multiplient à ce moment, lancent plusieurs «campagnes virulentes», selon le Dictionnaire historique de la Suisse dans le but d'instaurer la prohibition. En juillet 1908, l'absinthe est bannie. Dans la foulée et selon un modèle appliqué aux Etats-Unis jusqu'en 1933, relève Oswald Sigg dans son ouvrage, une initiative propose de donner aux communes le droit de lutter contre le fléau du schnaps.

En 1929, avec 67,3% de non, le peuple refuse cette tentative de «mise au régime sec» - selon le slogan des opposants.

Ce refus d'une prohibition totale laisse alors le champ libre à l'autorité fédérale pour proposer une révision du régime des alcools qui prévoit le prélèvement d'un impôt. Celui-ci doit jouer un rôle de frein à la consommation, du moins servir à des fins sociales, notamment au financement de l'assurance vieillesse.

Consommation en chute libre

En 1930, la population accepte par 60,6% que toutes les boissons distillées soient soumises à la législation et qu'une valorisation des récoltes de fruits sans distillation soit encouragée. Néanmoins, trois cantons et quatre demi-cantons refusent. Sans surprise, il s'agit des régions productrices de fruits - notamment Zoug, Schwyz, Obwald, Nidwald et Bâle-Campagne. Ces cantons tentent de revenir au statut qui prévalait jusqu'alors par l'entremise de l'initiative REVAL, mais essuient un échec en 1941 (59,8% de non).

En 1880, la consommation annuelle d'eau-de-vie à 40° par habitant s'élevait à 11,8 litres. Dans les années 1940, elle chutait à 2,9 litres.