«Ce fut l'un des actes populaires les plus importants entre 1892 et 1939.» C'est ainsi qu'Oswald Sigg décrit, dans son étude consacrée aux cinquante premières années de l'histoire des initiatives populaires, celle que la gauche lance en 1934 pour combattre la crise économique.

Mondiale, celle-ci fait des dégâts. Déclenchée en 1929, elle atteint la Suisse en 1933. En l'espace de six ans, le nombre de chômeurs passe de 13 000 à 93 000. Les salaires baissent. L'industrie d'exportation est frappée de plein fouet, mais l'onde de choc s'étend à l'ensemble du marché intérieur.

Pour la combattre, le Conseil fédéral met l'accent sur une politique déflationniste et prend une série de mesures incitatives comme la certification du travail, la formation continue, la reconversion professionnelle.

Fulgurante récolte de signatures

La gauche politique et syndicale ne l'entend pas de cette oreille. Elle réclame un changement de cap fondamental, aussi bien économique que social. En mai 1934, elle lance son «initiative populaire pour combattre la crise économique et ses effets». Au programme: maintien du pouvoir d'achat par la protection des salaires et des prix, création planifiée d'emplois, soutien des entreprises agricoles et artisanales surendettées, garantie d'une assurance chômage et d'une aide de crise, promotion des exportations, contrôle du marché des capitaux, des cartels et des trusts.

Ce texte récolte un nombre impressionnant de signatures (334 699) en un temps record (six mois). Comme elle signifie un authentique changement de régime politique, le Conseil fédéral décide de la mettre au vote tout aussi rapidement, le 2 juin 1935.

La peur de l'inconnu l'emporte

La campagne est enflammée. Les milieux économiques redoutent par-dessus tout l'intervention étatique demandée par le «Front du travail» à l'origine de l'initiative. Celui-ci veut mettre un terme à la «terreur du capital» et à la «dictature des gros propriétaires».

Les opposants répliquent en prévenant contre l'avalanche qui risque d'engloutir le pays en cas de oui. Ils caricaturent l'initiative sous la forme d'un dangereux dragon, d'une pince coupante ou d'un piège à gibier. Le 2 juin, la participation grimpe à 84,4%. La peur de l'inconnu l'emporte: c'est un non (57,2% de la population, 18 cantons contre 4) qui sort des urnes.