Comme beaucoup d'affiches politiques de l'entre-deux-guerres, celle qui appelle les Suisses, à l'automne 1937, à voter en faveur de l'initiative de l'extrême droite pour l'interdiction des francs-maçons ne fait pas dans la dentelle.

Regardez plutôt: le citoyen est invité à éliminer d'un grand coup de pied le pouvoir occulte des francs-maçons cupides. Mais le dessein des frontistes suisses ne se réalisera pas: l'initiative est très nettement rejetée, le 28 novembre, à plus de 69%, par quelque 515 000 non contre 235 000 oui.

Il faut se replonger dans le contexte de l'époque. L'extrême droite est antidémocratique, en tout cas profondément anti-libérale. Elle prône un changement de système. Elle est fascinée par les chemises noires et brunes qui se sont emparées du pouvoir à Berlin et à Rome.

«A l'image d'illustres modèles, nos frontistes n'aimaient ni les bolchevistes, ni les israélites, ni les francs-maçons. Ils résolurent de s'en prendre d'abord à ces derniers, en faisant prohiber les sociétés secrètes», écrit Jean-François Aubert dans son traité de droit constitutionnel paru en 1967.

Révision totale de la Constitution repoussée

L'initiative est combattue, bien sûr, par le Conseil fédéral et les Chambres, qui rappellent que rien de répréhensible ne peut être reproché aux francs-maçons.

C'est la seconde initiative populaire lancée par les frontistes suisses. La première demandait la révision totale de la Constitution, et a été repoussée, très nettement aussi, en 1935.

La seconde tentative, ciblée sur un objet précis, est patronnée par une figure du fascisme en Suisse, le colonel brigadier vaudois Arthur Fonjallaz. Admirateur de Mussolini, il a fondé à Rome en 1933 la Fédération fasciste suisse; il sera condamné en 1941 pour espionnage au profit de l'Allemagne, et libéré sous caution en 1943.

Soutien atypique de Gottlieb Duttweiler

Pour son initiative, Arthur Fonjallaz est assuré du compagnonnage de l'extrémiste genevois Georges Oltramare. Mais le Vaudois peut aussi compter sur le soutien, atypique mais non négligeable financièrement, de Gottlieb Duttweiler, le fondateur de la Migros.

«L'initiative Fonjallaz» éveille également la sympathie de certains milieux catholiques, qui se souviennent qu'après tout, la Constitution interdit bien les Jésuites. Fribourg, canton catholique, est d'ailleurs le seul de toute la Suisse à accepter l'initiative.