La Suisse est en état de situation extraordinaire depuis une dizaine de jours. «Le temps de faire un premier point», a estimé ce mercredi Alain Berset. Lors de la désormais très suivie conférence de presse du Conseil fédéral, le ministre de la Santé s’est voulu rassembleur. Malgré les tensions avec certains cantons, dont le Tessin et Genève, il a loué la bonne collaboration entre ces autorités et la Confédération et salué la discipline de la population. «Nous sommes toutefois loin d’être sortis d’affaire», a prévenu le Fribourgeois, selon qui la gestion de la situation pourrait durer «plusieurs mois, voire plusieurs années».

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Ce mercredi, a rappelé Alain Berset d’un ton grave, «9765 personnes ont été testées positives au coronavirus en Suisse». Une augmentation qualifiée d'«importante» par le conseiller fédéral, «mais qui ne représente pas non plus une explosion». Bien que le pays soit désormais l’un des plus touchés au monde en termes de nombre de personnes infectées par habitant, la progression des cas demeure «celle que nous attendions», a tenté de rassurer le Fribourgeois. «Avec dix mille tests par million d’habitants, nous sommes par ailleurs devenu le pays qui dépiste le plus au monde», s’est-il félicité.

Particulièrement touché par l’épidémie, le Tessin a récemment pris plusieurs mesures jugées illégales au regard du droit fédéral – notamment la fermeture des industries et des chantiers. Conciliant – et au vu de la situation actuelle – le Conseil fédéral a décidé ce mercredi de ne pas jeter davantage d’huile sur le feu qui brûle entre Berne et Bellinzone. «Nous sommes en contact étroit avec les autorités et travaillons à la recherche d’une solution», a tempéré Alain Berset, sans donner plus de détails sur l’avancement des tractations entre les deux autorités. «La situation tessinoise n’est cependant pas satisfaisante», a-t-il fermement souligné.

«C’est un marathon»

Pour endiguer la propagation du virus, une seule chose prime vraiment, a tenu à rappeler le gouvernement: «Eviter les contacts sociaux au maximum, sur le lieu de travail comme dans sa vie privée.» Les restrictions mises en place par le Conseil fédéral seraient jusque-là bien suivies: «Les polices nous rapportent peu de problèmes. La discipline est bonne, la solidarité aussi. Mais ce n’est que le début. Cela fait environ une semaine, ça peut paraître long. Toutefois nous allons devoir faire preuve d’endurance. Ce n’est pas un sprint, c’est un marathon.»

Pour accompagner les coureurs, Daniel Koch a annoncé que la Suisse produirait bientôt ses propres masques: «Environ 40 000 pièces par jour», selon le chef de la division des maladies transmissibles de l’OFSP. Malgré cette nouvelle ressource indigène, la Suisse a cependant décidé de restreindre l’exportation de matériel de protection sanitaire – «condition sine qua non pour enrayer la propagation du Covid-19 et préserver la santé du personnel médical». Dès jeudi, la vente de masques, gants, lunettes et autres blouses à destination de pays hors de l’UE et de l’AELE sera soumise à une autorisation spéciale.

600 millions de francs pour les chômeurs

Sur le front de l’emploi, Guy Parmelin, le chef du Département de l’économie, a également fait plusieurs annonces très attendues. Concernant les chômeurs, tout d’abord, qui devaient jusqu’ici toujours mener la mission impossible de trouver du travail: c’est terminé. Ils n’auront plus à produire la preuve de leurs recherches d’emploi. Pour éviter un afflux massif d’arrivées en fin de droits, la période de chômage est par ailleurs prolongée: 120 jours d’indemnités supplémentaires. Ces nouvelles mesures entraîneront des coûts supplémentaires de l’ordre de 600 millions de francs par mois pour l’assurance chômage.

Questionné sur le risque de faillite de milliers d’entreprises suisses, le politicien a par ailleurs refusé de s’engager à ce que tout le monde soit sauvé, soulignant de manière énigmatique que «les belles promesses ne font que rendre les fous joyeux».