élections fédérales

Combien coûte votre campagne?

Une douzaine de candidats au parlement dévoilent leur budget de campagne. La dépense moyenne se situe entre 50 000 et 60 000 francs dans les grands cantons romands et peut dépasser 200 000 francs à Zurich

La campagne pour les élections fédérales du 23 octobre est lancée et, avec elle, la course au financement des candidatures. Si le budget des partis reste un sujet tabou (lire ci-dessous), les députés sont un peu plus diserts sur ce qu’il leur en coûte d’être élus, ou réélus. Cela va d’une modeste somme de 10 000 francs dans les petits cantons à plus de 200 000 francs à Zurich. La moyenne pour les grands cantons romands se situe entre 50 000 et 60 000 francs – c’est notamment la somme articulée par Jean-René Germanier (PDC/VS) pour sa campagne.

Le Temps a interrogé une douzaine de parlementaires qui se représenteront cet automne, avec un succès très variable. Il y a les amnésiques comme Isabelle Moret (PLR/VD), qui gérait en 2007 un accouchement et son élection en même temps, ou Filippo Leutenegger (PLR/ZH), qui n’a pas cette excuse. Il y a les économes comme Roger Nordmann (PS/VD), qui affirme «n’avoir dépensé que 185 francs» à titre personnel en 2007, ou l’écologiste genevois Antonio Hodgers, qui jure n’avoir pas mis un sou de sa poche: «On me connaissait assez comme président du parti, député au Grand Conseil depuis dix ans, ou par les médias.» Et il y a les (très rares) super-précis comme le socialiste fribourgeois Jean-François Steiert: il détaille au franc près, sur tableau Excel, le coût de sa campagne 2007 – 29 400 francs au total, dont 21 900 francs payés par lui ou ses amis.

Cela étant, prenons un peu de hauteur pour considérer le coût global de ces élections fédérales. Faute de transparence des partis, l’indicateur le plus fiable est le recensement des dépenses publicitaires (journaux, radio-TV, affiches) effectué par Media Focus. A fin octobre 2007 (après les élections, donc), celles-ci avaient atteint 59 millions de francs, en hausse de 139% par rapport à 2006. Si on part de l’hypothèse que le surplus (35 millions) était dû aux élections fédérales, et qu’on y ajoute les dépenses pour les tous-ménages, les assemblées et les faux frais assumés par les candidats, on peut estimer le coût global à 45-50 millions de francs, ce qui donne une moyenne de 195 000 francs par élu au National ou aux Etats.

Ce chiffre, bien plus élevé que les montants cités plus haut, interpelle: les candidats sont-ils des cachottiers? Pas forcément. D’abord, il y a bien plus de candidats que d’élus. Ensuite, une part importante des sommes investies le sont en campagne d’image pour les partis. La culture diffère de l’un à l’autre, et d’un canton à l’autre. A gauche, on est naturellement plus égalitaire. Le PS vaudois, par exemple, calcule un budget global de 280 000 à 300 000 francs pour la campagne 2011 du Conseil National (18 candidats) et celle des Etats, la seule qui soit vraiment personnalisée. Les élus y contribuent à hauteur de 8000 francs de cotisation annuelle à la section cantonale, à quoi s’ajoute une cotisation, dépendant du revenu, au parti national.

Les socialistes ne sont pas les seuls à financer une campagne de parti qui ne leur bénéficie qu’indirectement. Le conseiller aux Etats Urs Schwaller (PDC/FR) estime verser 12 000 à 13 000 francs par année aux différents échelons du parti, «le double en année électorale», et investit en plus 30 000 à 40 000 francs de sa poche. «Souvent, les gens pensent que les partis paient tout. Or les campagnes sont financées en bonne partie par les candidats, dit-il. De plus, nous n’avons pas beaucoup de mécènes, et il faut faire attention de ne pas solliciter la même personne dix fois.»

L’UDC neuchâtelois Yvan Perrin verse environ 10 000 francs par an au parti, toutes contributions confondues, et «espère pousser à 20 000 francs» ses dépenses personnelles en 2011 (contre 7000 en 2007). Le radical fribourgeois et directeur de l’Union suisse des paysans Jacques Bourgeois paie 5000 francs par an au parti cantonal, plus sa cotisation nationale, et investira environ 50 000 francs dans sa campagne personnelle. «L’USP ne me finance pas, c’est une question de principe», précise-t-il.

Nulle part l’engagement des candidats n’est aussi prononcé qu’à Zurich, où la NZZ am Sonntag révélait en octobre 2010 une nouvelle pratique radicale: payer pour être en tête de liste. Il en coûte 40 000 francs pour occuper une des quatre premières positions, 25 000 pour les places 5 et 6, 10 000 pour les places 7 et 8. L’affaire fait lever les sourcils jusqu’au sein du parti. Ruedi Noser (PLR/ZH) y décèle le retour à une forme de suffrage censitaire, tout en reconnaissant: «Honnêtement, nous avons besoin d’argent.» Lui-même a dépensé «plus de 100 000 francs» à titre personnel la première fois qu’il s’est présenté, en 2003, puis 60 000 francs en 2007 et probablement la même chose cette année. Le coût total d’une campagne personnelle à Zurich tourne entre 200 000 et 300 000 francs, estime-t-il.

Hans Fehr (UDC/ZH), qui investira 15 000 à 20 000 francs à titre personnel, cite des chiffres moins élevés: «Pour un nouvel élu à Zurich, 100 000 francs, c’est la base. Mais l’argent et les affiches ne suffisent pas. L’action du politicien est déterminante, que ce soit à travers ses interventions, le courrier des lecteurs ou les débats.» Jean-François Steiert confirme: «Mon engagement en faveur d’une caisse maladie publique et de Pro Vélo, ou le fait que je préside une dizaine d’associations valent largement plus que les 20 000 francs que j’investis dans la campagne.»

La radicale bernoise Christa Markwalder a mis 19 000 francs de sa poche en 2007 et y voit un «investissement efficace». Son récent combat pour un siège aux Etats a coûté bien plus (100 000 francs), et elle n’a pas été élue. Elle aussi est sceptique face à la mise aux enchères des têtes de liste zurichoises: «Avoir la meilleure place n’aide pas toujours, dit-elle. Et puis à Berne, nous sommes plus égalitaires qu’à Zurich.»

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