Asile

A Côme, le sort des mineurs non accompagnés inquiète des ONG

Tandis que la crise perdure à la frontière italo-suisse, des organisations dénoncent le refoulement systématique des migrants, y compris mineurs. Elles invoquent l’intérêt supérieur de l’enfant

La situation des mineurs non accompagnés (MNA) inquiète à Côme, où quelque 500 migrants sont massés depuis plusieurs semaines après avoir été refoulés à la douane tessinoise de Chiasso. Selon l’ONG locale Firdaus, certains jeunes sont renvoyés d’office, alors même qu’ils possèdent de la famille en Suisse.

Une situation dénoncée par Amnesty International et l’Organisation suisse d’aide aux réfugiés (OSAR) qui invoquent la supériorité de la Convention des droits de l’enfant. Le corps des gardes-frontières assure quant à lui que les personnes refoulées, principalement originaires d’Erythrée et d’Ethiopie, ne souhaitaient que transiter par la Suisse et non y déposer une demande d’asile. Faute de remplir les conditions d’entrée, elles n’ont pas pu pénétrer sur le territoire.

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Les MNA seraient environ 80 à dormir aux abords de la gare Como San Giovanni qui a récemment pris des allures de campement sauvage. Au milieu de cette poche de misère – dont on craint déjà qu’elle ne se transforme en «Calais bis» –, le flou règne. «Quelque chose ne fonctionne pas», déplore Lisa Bosia Mirra, fondatrice de l’ONG Firdaus qui œuvre sur place. Lassée de voir des mineurs revenir bredouilles après les avoir accompagnés à la frontière, la députée socialiste au Grand Conseil tessinois dénonce un «traitement des demandes non conforme au droit». Elle cite le cas d’un adolescent érythréen expulsé cinq fois alors que son frère vit en Suisse. Ou encore celui d’un enfant de 11 ans, refoulé à Chiasso puis parti pour Milan, dont elle a aujourd’hui perdu la trace: «Sur le plan humanitaire, les conditions de vie à Côme sont indignes.»

Frontière verrouillée

«Nous sommes préoccupés par des rapports faisant état de mineurs qui, selon leurs témoignages, auraient été renvoyés en Italie depuis la frontière et ainsi empêchés de rejoindre leurs proches en Suisse, déplore Amnesty International. Les autorités suisses se doivent de respecter l’intérêt supérieur de l’enfant dans tous les cas de figure. Une pratique de renvois systématique n’est pas conciliable avec la prise en compte de la vulnérabilité particulière d’un enfant requérant d’asile.»

«Bâclé, dissuasif ou lacunaire en termes d’informations»: le «premier tri» effectué à la douane est au cœur des critiques. D’autant qu’en Italie, les conditions d’accueil ne sont pas adéquates, selon l’OSAR. Adriana Romer, sa porte-parole, explique: «Il est clair qu’il y a encore des problèmes fondamentaux dans le système de réception en Italie. Les enfants mineurs non accompagnés doivent être pris en charge, quel que soit leur statut migratoire. S’ils sont renvoyés vers la frontière italienne sans garantie que leur protection soit assurée, c’est illégal.»

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La situation préoccupe également le Haut-Commissariat pour les réfugiés (HCR) qui suit le dossier de près. «A ce stade, deux questions se posent, détaille Anja Klug, responsable pour la Suisse. Est-ce que toutes les personnes qui souhaitaient déposer une demande d’asile ont eu la possibilité de le faire? Si oui, ont-elles reçu les informations nécessaires?»

«Il est urgent de désengorger cette zone de transit improvisée, estime pour sa part la conseillère nationale Cesla Amarelle (PS/VD), qui craint de voir s’installer une économie de survie.» Pour l’avocate, la situation humanitaire est grave. «Les MNA doivent être traités comme des enfants, non comme des migrants. Les laisser en déshérence est inacceptable. Avec ou sans l’ouverture d’une procédure Dublin, un enfant doit être accompagné par une personne de confiance.»

«Zone de transit improvisée»

Du côté des gardes-frontières, le discours demeure inflexible. «Les migrants ne souhaitant pas demander l’asile en Suisse, mais seulement y transiter, sont renvoyés vers l’Italie, conformément à l’accord de réadmission existant depuis 2000, explique David Marquis, porte-parole de l’Administration fédérale des douanes. Chaque mineur transféré d’une autorité à une autre est accompagné et surveillé en tout temps par la police des frontières.»

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Refusant de commenter la situation à Côme, le Secrétariat d’Etat aux migrations (SEM) rappelle toutefois que les requérants mineurs bénéficient d’un traitement prioritaire. Les règlements Dublin III prévoient notamment qu’une personne de référence soit désignée pour l’ensemble de la procédure. «Si un MNA demande l’asile en Suisse, le SEM est dans l’obligation d’effectuer des recherches pour retrouver les membres de sa famille et doit prendre les mesures appropriées, en tenant compte du bien-être de l’enfant», précise Léa Wertheimer, chargée de communication.

Selon les statistiques du SEM, 791 requérants d’asile mineurs – pour la plupart originaires d’Erythrée, d’Ethiopie, de Somalie et d’Afghanistan – ont été enregistrés en Suisse depuis le début de l’année. Ils étaient 2748 en 2015. Un chiffre en forte augmentation depuis 2010.

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