Pour le comité directeur du Parti socialiste, qui a auditionné vendredi les cinq prétendant(e)s à la succession de Ruth Dreifuss, l'élection d'une femme romande est une priorité absolue. Il émet une recommandation dans ce sens à l'intention du groupe parlementaire, qui désignera ses candidat(e)s dans une semaine. «C'est un choix politique», commente la présidente du PS, Christiane Brunner. En clair, selon le comité directeur, le choix du groupe socialiste doit se faire entre les deux Genevoises, Micheline Calmy-Rey et Liliane Maury Pasquier, et la Fribourgeoise Ruth Lüthi. A propos de cette dernière, Christiane Brunner affirme clairement qu'«elle représente la Suisse romande», et cela en dépit de ses origines alémaniques.

Le comité directeur a ainsi éconduit le Neuchâtelois Jean Studer et la Tessinoise Patrizia Pesenti. Le premier parce qu'il est un homme, la seconde parce qu'elle n'est pas romande. «Le Parti socialiste est fort en Suisse romande. Celle-ci vote souvent dans le sens proposé par le PS. Il est donc important pour nous d'avoir une Romande au Conseil fédéral», argumente Christiane Brunner. Elle ne répond en revanche pas à la question posée lors des auditions de vendredi par Jean Studer. Lors de son audition, qui aura duré un peu plus longtemps que les autres, le conseiller aux Etats a voulu élargir le débat. «Je serai satisfait si une femme socialiste romande est élue le 4 décembre. Mais j'attends de mon parti qu'il dise ce qu'il fera si cette combinaison ne se réalise pas. Privilégiera-t-il la représentation féminine ou la représentation romande? J'estime que l'on ne peut pas placer toutes les composantes minoritaires, soit celles d'être socialiste, femme et romand(e) sur une seule personne. Il faut poser le débat de l'éventuelle élection d'une femme socialiste alémanique lorsque l'occasion s'en présentera (ndlr: au moment du départ de Moritz Leuenberger)», a-t-il expliqué à l'issue de l'entretien. A cette interrogation, Christiane Brunner n'apporte aucune réponse. Elle se contente de dire que «la question ne se pose pas, car nous avons d'excellentes candidates romandes».

Selon la présidente, les cinq papables ont affirmé qu'ils se retireraient de la course si le groupe parlementaire ne retenait pas leur candidature vendredi prochain. Ce point mérite encore d'être clarifié dans la mesure où Jean Studer attend toujours du PS une déclaration claire sur sa stratégie au cas où le parlement élirait une personne qui ne serait pas candidat(e) officiel(le). «La stratégie exacte sera définie par le groupe parlementaire», déclare laconiquement Christiane Brunner.

Le comité directeur a interrogé les cinq candidat(e)s sur leurs motivations et sur la manière dont ils comptent coopérer avec le parti en cas d'élection. Ce dernier point est jugé encore plus essentiel après les tensions qui sont apparues entre Moritz Leuenberger et la base du PS. Il s'est aussi intéressé à des aspects personnels, à leurs éventuels mandats dans des conseils d'administration, afin d'identifier d'«éventuelles casseroles», poursuit Christiane Brunner. Le profil politique, l'expérience gouvernementale, la connaissance du parlement sont en revanche des thèmes qui n'ont pas été approfondis.

La recommandation du comité directeur n'est pas contraignante pour le groupe parlementaire, qui reste libre de faire un choix différent. Elle pèse cependant d'un poids certain dans le sens où cinq des dix membres du comité directeur participeront aussi à la séance du groupe et seront en mesure d'y donner le ton. Ces cinq ténors sont la présidente Christiane Brunner, les vice-présidents Hans-Jürg Fehr et Christine Goll, le secrétaire général Reto Gamma et la présidente du groupe parlementaire Hildegard Fässler.

La préférence accordée à des candidatures féminines sera assurément confirmée par le groupe. Dans cette perspective, il est acquis que Micheline Calmy-Rey figurera sur le ticket socialiste. Appuyée par son conseiller en communication Simon Hubacher, elle mène une campagne très active dans les médias alémaniques, ce qui contribue à la faire connaître. Qui l'accompagnera? Vraisemblablement Ruth Lüthi, car il paraît difficile de présenter les deux Genevoises. L'hypothèse d'une triple candidature n'est toutefois pas complètement écartée. Jean Studer mise sur ce scénario. Il conserve l'espoir que le groupe socialiste soit sensible à ses arguments et propose un triple ticket composé de deux femmes romandes et de lui-même.