L'exécutif de la Ville de Genève est un exécutif pas comme les autres. Si ses cinq représentants assument la fonction de maire à tour de rôle durant une année, ils se sentent tous vice-maires le reste du temps. Et tout particulièrement lors des multiples voyages qui les emmènent aux quatre coins du monde pour défendre les causes les plus généreuses.

Ces conseillers administratifs ne cessent d'élargir leur champ d'interventions internationales. Récemment, on les a vus à Dakar et à New York pour promouvoir le Fonds mondial pour la solidarité numérique. Et hier sur le balcon de leur Hôtel municipal, pour agiter la main sous les portraits géants de trois otages.

A Paris ou à Bruxelles, on saluera cette affirmation de la Genève internationale. De ce point de vue distancié, le poids de la contribution humanitaire des élus suisses n'a pas à être mesuré. Il importe car il prolonge une chaîne de solidarité.

Vues de Genève, les initiatives mondialisées des élus communaux s'éclairent sous un jour moins gratifiant. Elles ressemblent trop à une stratégie d'image, à du marketing politique. Pourquoi avoir dressé les portraits de Florence Aubenas, d'Hussein Hanoun al-Saadi et d'Ingrid Betancourt entre les colonnes du Palais Eynard, siège de l'autorité municipale? Et non sur le pont de la Machine, à la place des Nations ou à Cornavin, tous lieux qui auraient davantage témoigné d'une opinion publique plutôt que d'une opinion politisée?

Les démonstrations humanitaires de l'exécutif de la Ville de Genève s'inscrivent dans un contexte de concurrence institutionnelle avec l'autorité cantonale. En tant que collège, c'est d'abord un défaut de compétences que les conseillers administratifs tentent de compenser en se démultipliant sur la scène internationale. C'est la légèreté de leur action locale qu'ils tentent de masquer.

Jusqu'ici, Genève n'a pas su jouer son rôle de capitale régionale transfrontalière. Les magistrats municipaux ont annoncé hier soir par un communiqué qu'ils se mettaient à y réfléchir (lire ci-contre). Il est bon d'apprendre, même en quelques lignes, qu'ils se consacrent également à la résolution des grands problèmes relevant de la proximité internationale. C'est là qu'on attend qu'ils brillent.