Le joueur qui vient d'acheter un ticket perdant se console-t-il vraiment en pensant que sa mise sert les défavorisés, les artistes ou les sportifs de son canton? Franchement, et quoi qu'en pense Jean-Pierre Beuret, c'est douteux. Aussi douteux d'ailleurs que de vouloir absolument séparer la vertueuse «utilité publique» des jeux, appliquée par les cantons romands, de leur vicieuse fiscalisation, imaginée par Berne. A moins de considérer l'impôt comme un pur tracas exempt de toute vertu redistributrice.

Evacuer la morale d'un débat où elle a peu à faire ne revient pour autant pas à applaudir le projet du département de Ruth Metzler. La Loterie Romande a des arguments à faire valoir, en premier lieu celui de la compétence, si utilisé dans la récente course aux casinos. A cette aune-là, et le sec refus de ses projets l'a démontré, on ne la voyait pas concurrencer des sociétés rompues de longue date aux subtilités de l'exploitation des roulettes et machines à sous. De même ne voit-on pas ce qu'un bouleversement des règles appliquées aux loteries apporterait. En innovant. en sachant s'allier, en étant attentif aux goûts de son public, l'opérateur local a prouvé qu'il dominait son marché, tout en appliquant un système de redistribution souple et apprécié. Pourquoi changer?