Comme l'a justement souligné le procureur général, entre justice et psychiatrie, c'est un mariage de raison plus que d'amour. Au début de cette relation houleuse, la première s'est passablement méfiée de la seconde. De lourdes sanctions valaient mieux que confier des délinquants à des médecins parfois trop compréhensifs. La tendance s'est depuis inversée, en partie sous l'impulsion du Tribunal fédéral. Non seulement l'avis de l'expert devient quasi incontestable mais en plus la peine infligée à un condamné doit être réduite de manière linéaire et mathématique en fonction du degré de sa responsabilité pénale. L'affaire du «violeur à la fourgonnette» à Genève tout comme la récente diminution de peine consentie à Christian Pidoux en sont les exemples les plus éclatants. Faire ainsi entrer le calcul dans le prétoire n'est pas sans poser des problèmes. Aux Etats-Unis, on connaît le cumul des peines et des totaux qui confinent à l'absurde. Ici, la logique inverse de la diminution risque aussi d'entraîner des effets pervers. Dont celui de condamner plus sévèrement le perturbé que celui qui a agi froidement. Car, le TF le dit lui-même, l'internement est «l'ultima ratio», une mesure qui, par sa nature indéterminée, prive le plus lourdement quelqu'un de sa liberté. Devoir recourir à cette solution comme une sorte de compensation à la légèreté de la peine constitue sans doute une évolution inquiétante du droit.