Le choix de l'ordonnance de condamnation pour clore en catimini l'affaire du maître chanteur a de quoi surprendre. Cet outil, qui permet au Parquet ou au juge d'instruction d'infliger jusqu'à 6 mois de prison tout en évitant un passage parfois trop éprouvant ou objectivement inutile devant une juridiction de jugement, semble ici doublement inapproprié. D'abord parce que l'affaire est d'une gravité certaine: il s'agit de quelqu'un qui a travaillé au sein même de l'institution judiciaire, qui a abusé de la confiance placée en lui, qui a utilisé des informations confidentielles pour commettre une infraction, qui a violé son secret de fonction mais aussi fait trembler une victime qui se trouvait déjà en position de faiblesse par rapport à l'autorité. Ensuite parce que ce dossier avait laissé apparaître des dysfonctionnements en matière de recrutement ou d'organisation et suscité quelques interrogations restées depuis lors en suspens. Ces questions auraient mérité que des réponses soient rendues publiquement, même si l'exercice aurait exposé le système à la critique, ne serait-ce que pour éviter de laisser planer un certain flou. De la part d'un procureur général qui pousse à la sévérité envers les revendeurs de haschisch ou qui ressort de la naphtaline des dispositions permettant de poursuivre des fonctionnaires trop engagés contre le G8, on aurait pu attendre une marque, même symbolique, de fermeté envers ceux qui trahissent la justice.