Même si elle s'en tient à des propos un peu vagues et si elle n'entre pas dans le détail de ce qui l'a poussée à dire son fait au Conseil fédéral, l'intervention publique de la Délégation des commissions de gestion est suffisamment rare, et son ton suffisamment grave pour que son avertissement soit pris très au sérieux. Manifestement, la «guerre des polices», que le chef de l'Office fédéral de la police, Jean-Luc Vez, aimerait tant nier, est une réalité, que confirment volontiers des sources proches des parlementaires chargés de la surveillance des services de renseignement. Et, à l'heure où la notion de sécurité intérieure a pris une nouvelle dimension, ce petit jeu n'est effectivement pas tolérable.

Cette situation est d'autant moins acceptable lorsqu'elle concerne deux employés (tout chefs qu'ils soient) du même département, en l'occurrence Justice et Police. Après avoir défendu, comme il se devait de le faire, ses troupes lors de la tourmente de l'affaire Achraf, Christoph Blocher doit maintenant ouvrir les yeux et reconnaître qu'il faut faire de l'ordre au sein de ses services, son amour propre dût-il en souffrir.

Avec le reste du Conseil fédéral, il doit aussi se déterminer sur l'avenir des services secrets suisses: faut-il les fusionner? Les placer sous un seul chapeau, comme le demandait Samuel Schmid? Ou conserver les structures existantes? Dans ce dernier cas, le gouvernement doit assumer, et garantir que cessent des pratiques dommageables à la crédibilité et à l'efficacité de ceux qui sont payés pour assurer la sécurité de ce pays.