Née en 1979 sous la forme d'un simple atelier, transformée plus tard en unité, la Pâquerette est, à l'image d'un héros bien connu, «petite mais vaillante». En plus de vingt ans, ce centre a su s'imposer comme un passage incontournable de la réinsertion des criminels les plus endurcis. Et cela au prix de paris susceptibles de donner bien des sueurs froides aux tenants du risque zéro. Longtemps, l'équipe des «socios» et des gardiens de ce lieu inclassable ont pu travailler grâce à une vision pragmatique consistant à dire que ces délinquants tout dangereux qu'ils soient devront bien sortir un jour et que la meilleure manière de protéger la société est de bien les préparer à cette échéance. Le risque, certes mesuré de cas en cas, en valait donc la chandelle.

Le climat a radicalement changé depuis certains dérapages dont le meurtre du Zollikerberg, commis par un récidiviste en congé, constitue le modèle le plus sanglant. L'acceptation par le peuple de l'initiative pour l'internement à vie a achevé de durcir une situation déjà globalement beaucoup plus stricte. Les limites posées aujourd'hui par le procureur général genevois aux conduites participent de ce nouveau dogme qui ne permet plus véritablement de concilier sécurité et objectifs thérapeutiques. La Pâquerette n'a certes pas perdu sa raison d'être puisqu'elle continue à faire évoluer les détenus à l'intérieur de leur peine. Mais sa mission première est mise à mal et son avenir fragile. Le maintien de son rattachement à la direction des Hôpitaux (qui se contente d'un «no comment» dans cette affaire), sa place dans le vaste projet de planification pénitentiaire du canton et dans le concordat romand seront autant d'occasions de repenser cette vocation. Un exercice dont ce type d'unité un peu marginale n'est jamais certaine de sortir indemne.