Décision inhabituelle, difficile à justifier, impossible même dans un Etat qui se plaît à cultiver d'ordinaire un légalisme pointilleux: le Conseil fédéral aurait-il cédé à des méthodes que d'autres Etats ont un peu moins de complexes à utiliser? A-t-il plié trop facilement devant les injonctions des services secrets américains? N'y avait-il pas d'autre issue que de détruire ces documents?

Méfions-nous des conclusions trop rapides. Ecartons d'abord l'hypothèse d'un scénario écrit par un Christoph Blocher méprisant les institutions, continuant à régler ses comptes avec le Ministère public, et qui serait parvenu à cacher ses mauvaises intentions au reste du Conseil fédéral.

On se gardera aussi de caricaturer une séparation des pouvoirs en réalité moins rigide qu'il n'y paraît, avait montré Georg Müller, l'expert auquel le Conseil fédéral avait soumis le comportement de Christoph Blocher.

Oui, la Constitution connaît certaines soupapes. Oui, la loi donne au gouvernement un droit de veto sur la poursuite de certains délits lorsque des intérêts politiques majeurs sont en jeu.

Critiquable? Sans doute, mais si l'on veut empêcher de tels arbitrages, il faut changer la loi. Pas sûr que cela soit réellement souhaitable.