L'ampleur du oui constitue une indéniable surprise. Le rejet de la recherche sur les cellules souches par la frange de l'électorat déjà hostile à l'interruption de grossesse et à la fécondation in vitro était certes attendu. Mais les effets de l'opposition «laïque» prônée par les écologistes et tout un courant du Parti socialiste, dont les tenants apparaissent aujourd'hui comme les grands perdants, étaient plus difficiles à évaluer.

Les Suisses, dans leur grande majorité, n'ont pas voulu entraver un secteur de la recherche qu'ils perçoivent comme vital pour le pays, pour des raisons éthiques qui ne les ont pas convaincus. Ils ont dit non à la sacralisation de cellules humaines que seule une fiction permet d'assimiler à un être en devenir.

Une campagne peu animée, de la part des partisans comme des opposants, a contribué à brouiller les cartes. L'extrême intensité du débat dans d'autres pays, en Allemagne il y a quelques années, et aux Etats-Unis juste avant la réélection de George W. Bush, tendait à prouver que le choix allait être difficile pour de nombreux votants.

En Suisse alémanique, Simonetta Sommaruga, brillante représentante d'une aile du PS réputée pourtant centriste et moderniste, s'était déchaînée contre un projet qui, disait-elle, ouvrait la porte au clonage thérapeutique et accréditait une vision de l'homme inféodée aux intérêts du lobby pharmaceutique. En réalité, le résultat du vote aura constitué une défaite sévère pour ce camp-là, beaucoup plus que pour l'opposition se réclamant des valeurs traditionnelles et religieuses, qui a probablement fait son plein de voix. Ceux qui, à gauche, ont combattu la recherche sur les cellules souches ont visiblement peu convaincu les leurs de la justesse d'une position à contre-emploi. De nouveaux débats mettant aux prises l'éthique et les sciences du vivant s'annoncent déjà. Sur ce chapitre, la gauche devra se mettre au clair avec elle-même.