Même si les temps ont changé, avoir le sida, être homosexuel ou dépressif restent des sources potentielles de discriminations voire d'exclusion. Le souci de préserver le secret médical est donc une préoccupation absolument légitime. Le rapport de Hanspeter Thür met à cet égard en évidence des lacunes manifestes dans le traitement des données sensibles à l'intérieur même des caisses maladie. Le problème a été sous-estimé jusqu'ici et les caisses seraient bien avisées de ne pas continuer à l'ignorer.

La polémique, dont l'émergence coïncide avec l'avènement de TarMed, n'en a pas moins pris des proportions démesurées. L'absence de règles relatives à la protection des données au sein des caisses n'a pas conduit concrètement jusqu'à maintenant à des dérapages graves et à large échelle. Du moins jusqu'à preuve du contraire.

L'enjeu est en réalité ailleurs. Sous couvert de défendre le secret médical, ce que certains milieux souhaitent, en réalité, c'est que les caisses continuent bravement à payer les factures qu'elles reçoivent sans se poser de question, plutôt que de chercher à mettre en place des outils permettant de vérifier, et, le cas échéant, de contester le travail fourni par le corps médical. En créant des «trust-centers», sortes d'intermédiaire entre les caisses et les prestataires de soins, on érigerait une barrière qui empêcherait les caisses de jouer un rôle plus actif que jusqu'ici. Dans cette logique, on pourrait se demander s'il ne serait pas plus simple de fusionner les caisses.

Il se trouve que la caisse unique est proposée par une initiative populaire lancée l'an dernier et pour laquelle les initiants peinent à récolter les paraphes nécessaires. A l'origine du texte on trouve notamment les Verts. Un parti dont provient aussi Hanspeter Thür. Serait-ce plus qu'un simple hasard?