C'est à un double exercice périlleux que s'est livrée jeudi une université encore secouée par les turbulences. Il s'agissait de présenter le résultat d'une sorte de réflexion interne en forme de contre-enquête tout en brisant la loi de l'omerta imposée par le politique dans l'attente du rapport Béguin.

Force est de constater que cette séance, hormis quelques vertus apaisantes pour un corps bien malmené par l'actualité, n'a pas apporté grand-chose de nouveau. Encore et toujours, les propos du recteur tendent à minimiser les choses alors que, paradoxalement, le même André Hurst fait aussi son mea culpa pour avoir adopté une attitude par trop nonchalante au début de l'affaire dite «des notes de frais».

Le ton n'a donc pas changé lorsqu'il s'est agi d'évoquer d'autres dysfonctionnements. La non-rétrocession de gains accessoires? La loi est appliquée, mais les contrôles sont impossibles. Les fonds versés pour attirer des grosses pointures ou arrondir des salaires? C'était une pratique connue et justifiée qu'il a fallu arrêter faute de réglementation appropriée. Les indemnités du rectorat? Celles-ci sont fixées par le Conseil d'Etat. Des demandes de remboursement abusives? Il faut encore faire un travail de sensibilisation. Et chaque fois qu'un problème est évoqué du bout des lèvres, c'est pour mettre en cause l'archaïsme de la loi et les défauts de gouvernance.

A ce degré zéro et des poussières de l'autocritique - même si la complexité de la situation est bien réelle -, on peine à discerner une réelle volonté de changer les mentalités. Si l'alma mater désire véritablement, comme elle le dit, regagner la confiance de la cité, il lui faudra trouver autre chose que ce plaidoyer.

A une période où l'argent se fait rare dans les caisses publiques et où la société place plus haut la barre de l'exigence morale, l'institution se doit aussi d'être exemplaire et d'avoir un discours clair sur son éthique. Plus que son image, c'est aussi son autonomie et son avenir sur la scène académique qui se jouent dans cette partie risquée.