Dans le climat actuel de défiance à l'égard de toute nouvelle dépense publique, il ne serait pas étonnant que l'extension du système de subsides maladie proposée par Pascal Couchepin peine à passer le cap du parlement. Quant aux cinq autres chantiers ouverts par le ministre de l'Intérieur, ils sont tous de nature à susciter des velléités référendaires le moment venu, que ce soit de la gauche ou de l'un ou l'autre lobby.

Le terrain de la santé, où tant d'émotions et d'intérêts financiers sont en jeu, serait-il donc irréformable? En réalité, c'est précisément parce que la constellation politique est aussi délicate que Pascal Couchepin a fait le bon choix en fractionnant les réformes. Mieux vaut cinq «petits» référendums avec une opposition circonscrite – dont au moins l'un ou l'autre passera la rampe – qu'une méga votation presque perdue d'avance sur un «paquet» de réformes suscitant un cumul d'oppositions hétérogènes.

Cette manière de procéder est aussi beaucoup plus saine du point de vue démocratique. Elle offre une possibilité très fine au parlement et, en fin de compte, au peuple de dire quel système de santé il veut et – incidemment – à quel prix.

Absolument incontournable dans le secteur de la santé, cette approche fragmentée pourrait inspirer d'autres domaines politiques. Elle semble en tout cas de nature à restaurer une certaine confiance des citoyens dans le système politique.

La forte polarisation en cours y pousse presque naturellement. Chercher un large consensus – au prix de compromis plus ou moins diffus – semble illusoire sur une palette de plus en plus large de sujets. Qu'à cela ne tienne: les projets seront combattus plus souvent et plus âprement. Mais ils offriront aussi des choix politiques plus clairs.