«L'organisation individualiste du travail», «la solitude érémitique des juges», dit le rapport de Claude Rouiller à propos du Tribunal administratif. A force que l'attention du citoyen soit attirée sur certains désordres de la justice, il est un trait qui finit par s'imposer comme une constante. Il y a quelques semaines, le Tribunal fédéral des assurances, à Lucerne, parvenait à grand-peine à surmonter le différend opposant deux juges. Là encore, la solitude de la fonction et l'individualisme des juges paraissaient avoir pesé lourd dans la naissance du conflit comme dans l'impossibilité où s'était longtemps trouvée la juridiction suprême de le résoudre. A peine plus loin dans le temps, l'affaire Schubarth intriguait, elle aussi, par les proportions que prenaient des rivalités au sein même d'un collège de juges.

Chaque fois, ce qui frappe, c'est la difficulté qu'a l'autorité judiciaire à ramener l'ordre dans la maison. Qui, dès lors, doit le faire? La question risque de se poser avec toujours davantage d'acuité, les citoyens admettant de plus en plus difficilement d'être mal servis par la justice. L'entrée en lice des politiques paraît être la seule issue possible, mais appellera sans doute de repenser l'indépendance du pouvoir judiciaire qui ne saurait être, pour reprendre l'expression de pétitionnaires mécontents des tribunaux, «égale à la liberté de mal faire».