C'est un nouveau Christoph Blocher que les délégués de l'UDC ont vu samedi. L'ex-tribun zurichois ne semble pas très à l'aise dans son habit de conseiller fédéral. Lui qui aime haranguer les foules et chauffer les salles doit désormais faire preuve de circonspection, une notion qui ne lui est guère familière.

L'UDC devra s'y habituer. Samedi, Christoph Blocher a justifié sa réserve par le fait qu'il n'est au gouvernement que depuis quelques jours. C'est vrai, mais sa nouvelle fonction ne lui permettra plus d'appliquer la recette qui a fait son succès. Il ne pourra plus vilipender ces gouvernants qu'il a tant méprisés pendant des années. Il est désormais l'un d'entre eux.

De plus, il n'a pas obtenu le département qu'il espérait. Ses propos montrent qu'il se conçoit plus volontiers comme membre du gouvernement que comme ministre de Justice et police. Sa priorité reste l'assainissement des finances, et il se serait sans doute senti plus à l'aise à la tête de ce ministère. Pour que cela fût possible, il aurait cependant fallu que son parti se mobilise pour faire élire Christine Beerli plutôt que Hans-Rudolf Merz. Juriste, la première aurait pu reprendre le DFJP. Passionné par les questions financières, le second ne pouvait que succéder à Kaspar Villiger.

Christoph Blocher a cependant montré sa volonté de marquer sa différence lorsqu'il est en désaccord avec le gouvernement, comme le font parfois les ministres socialistes. C'est nouveau à l'UDC: aussi bien Adolf Ogi que Samuel Schmid étaient plutôt en porte-à-faux avec leur parti qu'avec le Conseil fédéral. Reste à savoir comment Christoph Blocher gérera cette situation sur le long terme.