Les députés sont responsables des participations financières de l'Etat. Le zèle dont font preuve certains élus, socialistes notamment, à mettre en question la solution clés en mains présentée par le gouvernement est tout à leur honneur. Il serait bon que les intérêts des citoyens et des contribuables soient défendus plus souvent avec cette vigueur. On ne saura jamais si une solution plus risquée mais plus avantageuse pour l'Etat valait la peine d'être tentée. L'épisode illustre une fois de plus le quasi-état d'exception qui s'instaure chaque fois que l'on parle de la BCV au parlement cantonal. Voilà bien un sujet que les députés ne sauraient traiter qu'avec componction, la voix basse, en se fiant aux données distillées au compte-gouttes après l'heure de fermeture de la Bourse, aux bribes d'information arrachées au magistrat responsable et à des extraits d'expertises confidentielles. Lorsqu'il demande qui couche avec qui, le député POP Jean-Paul Dudt s'exprime certes en termes vulgaires. Mais sur le fond il a raison. L'Etat et sa banque entretiennent une relation perverse. L'Etat s'est retrouvé dans une position dominante. Mais il ne l'a pas voulu et l'assume mal. A cause de cela, il ne parvient pas, d'un psychodrame à l'autre, à dissiper le soupçon: dans ce couple infernal, c'est lui qui se fait posséder. Ce n'est pas la BCV en tout cas qui ferait sien le slogan profil bas avec lequel la majorité politique a imposé son point de vue: «Un tiens vaut mieux que deux tu l'auras.»