Curieux pays : lorsque l'on perd, on s'y réjouit de n'avoir perdu davantage. Ici, on aime les défaites honorables. Avec 52 % de non aux droits de vote et d'éligibilité pour les étrangers, Genève s'est donné dimanche quelques frissons. On a frisé. Il est vrai qu'en 1993 le canton avait par deux fois refusé ces droits par plus de 71 % des voix. On peut, bien sûr, comme les jeunes du Comité unitaire «J'y vis, j'y vote» y voir un signe encourageant pour la prochaine tentative. Genève serait donc déçu en bien, pourrait-on dire en anticipant la mode de l'accent vaudois.

On verra surtout, dans cette occasion ratée, le manque de courage et de vision d'une droite genevoise qui, hier, se mordait visiblement les doigts de n'avoir pas su discerner la nouvelle vague. Et de s'être ainsi mise sur la touche. On pourra sans fin gloser pour savoir si le Grand Conseil n'a pas trop chargé le bateau en ajoutant le droit d'éligibilité et ainsi privé le projet des quelques pour cent indispensables. L'histoire retiendra simplement que la droite genevoise, à l'exception des démocrates-chrétiens, était absente du mouvement de fond qui gagne aujourd'hui la Suisse romande, s'agissant de l'intégration des étrangers par les droits civiques. Et que sa tradition libérale a failli.

La progression du oui est d'autant plus remarquable, et la marche d'autant plus irréversible, que l'on s'attendait à un score plus faible pour le droit de vote que pour l'initiative «Oui à l'Europe!». L'inversion des courants semble ainsi indiquer que l'ouverture de Genève, mais aussi de la Suisse romande, est désormais nettement découplée de la question de l'intégration européenne. En un seul dimanche, on semble ainsi percevoir qu'à défaut d'intégration européenne, nous aurons l'obligation de prévoir rapidement et pour longtemps l'intégration des Européens – et des autres nationalités – dans notre communauté en qualité d'étrangers. On peut regretter que les choses se passent ainsi. Mais c'est une réalité à partir de laquelle il faudra bâtir la politique demain.