Samuel Schmid est passé maître dans l'art de transformer les lourdes défaites en petites victoires. En mai, le Conseil fédéral a abandonné la création d'un grand Département de la sécurité. Hier, le ministre corrigeait: «Ce département existe bien, puisque les services de renseignement ont été regroupés sous ma tutelle», claironnait-il, en défiant les lois de la crédibilité.

Dans les faits, le DDPS reste ce tricycle composé des sports et de la protection de la population, dont l'armée sert de roue avant. Une armée décriée, aux missions floues et qui, de surcroît, ne répond ni à l'ensemble des nouvelles menaces ni à toutes les questions sécuritaires soulevées par les partis. On est loin du char d'assaut à larges chenilles, réunissant les principaux organismes de sécurité fédéraux, aux compétences élargies, qu'aurait tant souhaité piloter Samuel Schmid.

Avec les futurs rapports sur la politique de sécurité - il y en aura un tous les quatre ans -, le chef de la Défense compensera en partie le manque. Sur le terrain, ces documents auront sans doute, mieux que toutes les récentes réformettes, le mérite de clarifier les besoins et la marge de manœuvre de l'armée. Politiquement, ils placeront les cantons et les Chambres fédérales devant leurs responsabilités, en connaissance de cause. Qui sait, peut-être même freinera-t-on ainsi les alliances contre nature qui, si souvent, dénaturent, voire torpillent, les projets militaires.

Samuel Schmid reste donc au guidon d'un tricycle. Mais à l'avenir, comme le conducteur de char d'assaut, il disposera au moins d'une carte géographique et de quelques munitions.