Recette pour un miracle suisse. Laissez tomber du ciel une montagne d'or. Laissez l'esprit confédéral s'en emparer. Laissez encore passer un peu de temps. Et c'est bon. Il ne restera rien de la montagne d'or.

On en est là. La raison financière s'est imposée. On ne peut s'en plaindre. Elle traduit une prise de conscience qui n'est pas allée de soi: aujourd'hui, une priorité majeure consiste à réduire la dette accumulée en deux décennies par les pouvoirs publics pour satisfaire leurs besoins quotidiens.

Mais cette priorité est dure à satisfaire. On comprend donc que les ministres des Finances cantonales n'aient qu'un dessein: consacrer l'entier de leur part au trésor de la BNS à la réduction de la dette.

Si on peut les comprendre, on doit surtout contrer ces ministres. Car, en regard de la montagne des dettes publiques en Suisse, la montagne d'or libéré par la BNS est au moins dix fois plus petite. Les cantons en profiteront dans des proportions très diverses. Pour quelques-uns, le cadeau providentiel sera suffisant pour presque éteindre la dette. Mais pour tous les autres, la part du trésor diminuera les intérêts annuels d'à peine quelques poignées de millions.

Dans tous les cas, les générations futures seront doublement flouées.

Confrontés au trou des finances, la Confédération, les cantons, les communes s'efforcent d'économiser passablement, et de restructurer un peu. L'or de la BNS allégera la pression. Des décisions difficiles seront différées, la réflexion se relâchera. Et, finalement, les générations futures payeront le prix de cette rémission.

Mais pour ces générations, il y aura bien pire. Car les autorités d'aujourd'hui ne projettent plus très loin leurs politiques constructives. C'est pourtant maintenant que devraient s'imaginer les équipements dont le pays aura besoin dans vingt ans.

Qu'une part de l'or de la BNS serve à raboter la dette, c'est raisonnable. Mais cet or doit aussi servir à réduire les défauts d'anticipation. Décider d'un métro entre Haut et Bas neuchâtelois, lancer une troisième voie entre Genève et Lausanne, jeter un pont entre les deux versants de Fribourg, voilà quelques miracles que nous devons à nos enfants.