Christoph Blocher force trop sur le rose pour dépeindre les effets de la suppression de l'aide sociale aux requérants déboutés d'office. Quand le ministre UDC souligne avec fierté que 12 000 personnes en moins relevaient de l'asile en 2004, il occulte une chose: le principe des vases communicants. Car parmi les personnes frappées de non-entrée en matière (NEM) qui «sortent» des chiffres de l'asile, beaucoup viennent gonfler le nombre des sans-papiers.

Surtout, il doit se rendre à l'évidence que les dépenses en matière d'aide d'urgence pèsent toujours plus sur les cantons. La facture dans ce domaine s'est accrue de 267% entre le quatrième trimestre 2004 et fin mars 2005. Et le déficit des cantons atteint désormais 1,5 million de francs. Zurich engloutit à lui seul 38% des dépenses totales de l'aide d'urgence.

Certes, on ne peut reprocher à Christoph Blocher de suivre une certaine logique: pour lui, les NEM doivent quitter la Suisse rapidement et les cantons n'ont qu'à se montrer plus dissuasifs s'ils veulent recevoir moins de demandes. Le problème est que cette aide d'urgence est garantie par la Constitution et, n'en déplaise au ministre, le Tribunal fédéral a récemment confirmé l'obligation de soutenir les requérants déboutés d'office dans le besoin. Voilà donc Christoph Blocher contraint d'annoncer, à contrecœur, une possible hausse de l'indemnisation de la Confédération, actuellement de 600 francs par NEM.

Le pansement proposé risque toutefois de ne soulager les cantons que pendant une courte durée. Si le parlement accepte d'étendre la suppression de l'aide sociale à tous les requérants déboutés, de nouvelles personnes viendront quémander une aide d'urgence, certaines pendant de longues semaines. Et les cantons qui refusent de rendre la vie plus dure aux NEM seront à nouveau pénalisés.