Au-delà du soulagement concret qu'elles apporteront à des milliers de mères et de familles, il faut souligner la portée éminemment symbolique des deux décisions prises mercredi par le Conseil national.

L'affirmation d'une volonté politique forte de stimuler la création de crèches est le signe que le législateur admet – à son tour – le droit de la femme à avoir une vie professionnelle et une vie de mère simultanément. Ou à choisir l'une plutôt que l'autre. Déculpabilisante, cette neutralité législative par rapport au mode de vie ne va pas de soi. Il faut rappeler par exemple que, au stade actuel, le projet de réforme de l'imposition des couples de Kaspar Villiger discrimine en toute connaissance de cause les concubins par rapport aux époux.

Le soutien à la création d'allocations complémentaires pour les familles les plus pauvres revient à reconnaître un autre principe fort: le droit fondamental pour un couple à avoir un enfant quel que soit son état de fortune. Implicitement, on admettait donc jusqu'ici que l'enfant était presque un luxe réservé aux gens qui en ont les moyens. Et qu'en tout cas, un couple se trouvant en difficultés financières en raison d'un enfant à charge «n'avait qu'à réfléchir avant». Possibilité que l'enfant élevé dans un milieu pauvre (ils sont 150 000 en Suisse) n'a, lui, pas eue. Ne serait-ce que pour cela, il faut se réjouir de ce renversement philosophique.