«Non à un gouvernement de voleurs!» Lancée mardi à Lausanne par un leader syndical parmi les plus influents, l'insulte condense la mauvaise foi dans laquelle s'abandonne le mouvement de la fonction publique. Un gouvernement de voleurs? Alors que les conseils d'Etat romands s'efforcent non de réduire les salaires, mais seulement de contenir leur augmentation…

«Gouvernement de voleurs!» La calomnie claque encore dans l'air. Elle dénature trop la réalité pour ne pas se retourner contre les fonctionnaires: s'il y a un voleur, c'est la fonction publique elle-même.

Une fonction publique qui usurpe son appellation générique. Le gendarme et le contrôleur du service des automobiles, l'enseignant et le conservateur des archives, l'infirmière et la secrétaire du centre informatique ne sont pas tous sortis de la cuisse de Jupiter. Quel trait commun entre eux, si ce n'est qu'ils sont payés par le contribuable, et soustraits aux contingences de l'économie privée?

Par le passé, le pouvoir politique a largement contribué à flatter l'esprit de corps de fonctionnaires aux tâches pourtant disparates. En soignant salaires et retraites, les partis dominants se sont fait une clientèle électorale. Aujourd'hui, manifestations et grèves sont générées par cette compréhension biaisée des relations entre le politique et l'administratif.

Par leurs manœuvres d'intimidation, les fonctionnaires tentent de dérober aux élus la responsabilité de débattre des missions du service public, et le droit de le réorganiser. Ils se posent en corporation, en caste, en nomenklatura, comme l'on voudra: dans tous les cas, ils cherchent à échapper aux valeurs d'équité et de raison qui fondent une république.

Alors ces prochaines semaines, combien de manifestations, de jours de grève, de discours mystificateurs? Certaines composantes syndicales laissent espérer une dynamique plus constructive. Celles-là ne s'en tiennent pas au refus catégorique de toute économie. Elles ne sont plus loin d'accepter qu'on ouvre la boîte noire du service public, pour qu'enfin on sache en termes fondés comment il fonctionne. Mais, pour l'heure, trop de fonctionnaires encore préfèrent se rassurer en entonnant les slogans de l'extrême gauche. Et tant pis si l'ombre croissante de la dette publique n'est pas la meilleure assurance d'un monde meilleur pour leurs enfants.