Crise des recettes ou crise des dépenses? En lançant deux initiatives visant à augmenter la charge fiscale des hauts revenus, la gauche a tranché. Mais les remèdes qu'elle prescrit pour surmonter la crise budgétaire manquent singulièrement d'originalité. Il y a moins de deux ans, un impôt de solidarité de même nature était clairement refusé par les Genevois. De plus, la gauche a une étrange définition des hauts revenus, puisque c'est à partir de 130 000 francs qu'un couple serait davantage imposé. En soi, une hausse d'impôts n'est pas aberrante. Mais elle doit s'inscrire dans un cadre bien balisé. Aujourd'hui, ce cadre n'existe pas. A l'exception des Verts, la gauche se montre hostile au projet Ge-Pilote d'évaluation des prestations présenté par le Conseil d'Etat en avril 2004. Cet instrument est pourtant fondamental pour mieux identifier les déperditions dans le fonctionnement du canton. Augmenter les impôts sans donner à l'Etat les moyens d'accroître son efficience, c'est mettre la charrue devant les bœufs. Aujourd'hui, Genève paie surtout sa non-maîtrise des dépenses. Taxer davantage les grandes fortunes par définition volatiles, c'est prendre le risque de ne plus maîtriser les recettes. Quand elle était ministre genevoise des Finances, Micheline Calmy-Rey l'avait compris…