L'absence de structures adaptées pour traiter les troubles d'une certaine catégorie de délinquants est une réalité dénoncée à longueur d'année par les juges, les avocats, les médecins, les responsables des prisons. On ne peut donc que se réjouir d'apprendre que l'autorité s'est enfin décidée à considérer un tel dossier comme une priorité.

Certes, après la toute première priorité qui était l'agrandissement de Champ-Dollon, un principe déjà avalisé par le parlement, ce coup d'accélérateur doit sans doute beaucoup à l'année électorale qui se profile et à la nécessité de rallonger le bilan des projets et réalisations en tout genre. Mais qu'importe. L'essentiel est de discuter enfin concrètement de cet établissement aux allures de chimère.

Il ne faut toutefois pas se leurrer. Le plus dur est encore à venir. Il s'agira de faire passer la pilule d'une facture importante. Car, outre les 25 millions nécessaires à la construction, il faut ajouter au bas mot quelque 20 millions par année de frais de fonctionnement. Le coût réel d'un détenu ainsi encadré est évalué entre 1000 et 1200 francs par jour. Soit trois fois plus qu'un pensionnaire ordinaire.

En général, la population, prompte à réclamer des peines toujours plus sévères, rechigne à financer des soins qui diminuent pourtant la récidive. L'exemple zurichois vient récemment tempérer ce constat. Le référendum lancé par l'UDC contre le centre de Rheinau – projet comparable mais restreint à 27 places – a été balayé par plus de 60% des électeurs. Il n'est donc plus illusoire de penser que la première pierre sera un jour posée. Encore faudra-t-il trouver les mots justes. Et montrer une réelle volonté de convaincre.