Sans un piston d'enfer, les Genevois ne peuvent pas espérer trouver sur le marché libre un logement abordable. Alors ils pestent, fulminent, ne comprennent pas que le Conseil d'Etat n'ait pas vu venir la pénurie. Mais il ne leur vient pas à l'idée de se mettre dans l'illégalité.

Tel n'est pas le cas des derniers squatters que compte Genève, notamment à Rhino, le squat le plus «chic» du canton. Ils sont les héritiers de militants qui s'élevaient contre la spéculation immobilière des années 80. Etait-ce le bon moyen?

On peut en douter. C'est le retournement de conjoncture, au début des années 90, et non le mouvement squat, qui a mis fin à la spéculation. Aujourd'hui, cette lutte est devenue sans objet: il n'y a quasiment plus d'immeubles laissés vacants dans une logique spéculative. Les autorités politiques et judiciaires ne le tolèrent plus.

Tout indique que la vraie motivation des occupants est désormais celle du porte-monnaie. Si ce n'est pas le cas, comment expliquer que les occupants aient refusé un projet de logement social dans ces deux immeubles et qu'aujourd'hui encore, ils s'opposent à une rénovation qui mettrait sur le marché des logements bon marché destinés à des familles?

L'individualisme voire l'égoïsme qui caractérisent les sociétés libérales n'épargnent décidément pas les squatters.

A l'actif de Rhino, il y a deux lieux publics qui rayonnent. Et les installations qui fleurissent sur ses façades égaient tout un quartier. Les habitants peuvent y mener une expérience de vie communautaire qui les enrichit. Mais est-ce suffisant pour justifier une occupation qui prend maintenant des allures d'appropriation?

Issus pour beaucoup de bonnes familles, eux-mêmes bien installés dans la vie, ces bourgeois bohèmes ont beaucoup d'atouts pour rebondir si d'aventure les deux immeubles étaient évacués. Ce n'est pas le cas de tous les Genevois.