Genève est-il mieux gouverné que lors de la prédécente législature? Sur la forme, c'est indéniable. En deux ans, le Conseil d'Etat est parvenu à rompre avec le cercle vicieux des querelles qui ont longtemps paralysé le canton.

Soudé pour l'intérêt général, le collège à majorité de gauche a mis de côté les luttes d'ego et d'influence susceptibles de le fragiliser et d'entraver son action. A de rares exceptions près, tant la paternité des réformes que la responsabilité des erreurs ont été assumées par les sept ministres. Le style de cet exécutif inspire davantage confiance que celui de son prédécesseur: le dialogue renoué avec la fonction publique, la paix signée sous les auspices de l'Etat entre les frères ennemis du logement et, plus globalement, le bon accueil réservé à ses projets par le parlement de droite le démontrent.

Pourtant, des failles demeurent: l'incapacité du gouvernement à obtenir le soutien du PS et des syndicats dans sa réforme de la loi sur le chômage en témoigne. Pis, l'absence de contrôle du Conseil d'Etat sur la politique de rémunération des régies publiques écorne sa crédibilité.

Le salutaire changement de méthode du gouvernement ne masque pas le manque de témérité des magistrats sur des dossiers clés de la législature, comme le redressement des finances et la construction. Plutôt que de le stimuler, la conjoncture idyllique semble conforter le gouvernement dans une relative léthargie. Au sein de l'administration, aucune réforme structurelle d'envergure n'est menée. Au budget 2008, le Conseil d'Etat se contente d'économiser 44 millions sur des dépenses de 6,8 milliards. Cet effort ne pèsera pas lourd quand la conjoncture se retournera. Même frustration sur le plan du logement: depuis l'accord prometteur signé il y a un an, les grues se font attendre: les chantiers susceptibles de donner de l'oxygène à Genève sont en rade.

Le Conseil d'Etat a peut-être raté le coche. Au cours des deux prochaines années, à l'approche des élections cantonales, les fronts se durciront. Il lui sera alors encore plus difficile de donner corps à ses promesses.