Il serait facile de jeter la pierre aux Fribourgeois et de parler de querelles de clocher pour qualifier leur hypersensibilité à la question de la territorialité des langues. C'est oublier que leur canton est assis sur la frontière linguistique. Cette situation géographique pose un problème identitaire évident. Avant de pouvoir s'ouvrir à l'autre, il est nécessaire de savoir qui l'on est. Au bénéfice d'un équilibre précaire, certaines communes de l'agglomération fribourgeoise, mais aussi du district du Lac, possèdent des majorités linguistiques si restreintes qu'elles craignent de manière légitime pour leur identité. Crainte qui apparaîtra futile dans un canton ne connaissant qu'une langue officielle et n'étant dès lors pas confronté à un tel problème d'identité.

Le Tribunal fédéral précise à raison que le principe de la territorialité ne doit «pas figer les situations existantes et empêcher des déplacements naturels dans la répartition linguistique». Et là les auteurs du «Manifeste de Marly» font fausse route en s'accrochant à la territorialité comme à une bouée de sauvetage. Certains arguments de la Haute Cour semblent toutefois légers, par exemple la nécessité que les parents puissent «assumer le suivi scolaire de leur fils». D'autres surprennent, comme les réserves peu compréhensibles qu'elle formule sur les bienfaits du bilinguisme.