On éprouve un malaise à commenter un acte de justice quand la foule et le parti de la rue réclament des têtes sur l'air des lampions. Ceux qui attendent une justice foudroyante qui laisserait les coupables préalablement désignés sans le sou et en pans de chemise devront s'armer de patience. C'est dans une procédure longue et aléatoire que l'Etat et la Ville de Genève se sont engagés, sous l'évidente pression électorale. On aurait souhaité une justice plus sereine.

L'évaluation des dégâts ne sera pas facile. On ne connaîtra le montant des dommages éventuels qu'après la liquidation des actifs. De plus, on se battra pour savoir qui, de la banque, de l'Etat ou des autres actionnaires est le premier lésé.

Retour de manivelle, le procès pourrait révéler la passivité des politiques dans la haute surveillance jusqu'en 1998, alors que le Conseil d'Etat désignait tout de même six membres du conseil d'administration et le président. Au-delà des responsabilités personnelles de quelques-uns des membres actuels du gouvernement, pris dans les organes des divers instituts bancaires fondateurs de la BCGE, c'est la responsabilité collective de la classe politique genevoise qui apparaîtra, elle qui a voulu des responsabilités sans en avoir les compétences.

Dans ce grand déballage, la BCGE pourra-t-elle tirer un trait sur son passé et redonner confiance, quand certains la poussent à entrer elle aussi dans la danse? Et si on lui redonnait une nouvelle identité et un nouvel avenir: Nouvelle Banque Cantonale de Genève?