Gérard Ramseyer, conseiller d'Etat à l'époque des faits, avait eu cette phrase terrible: ce genre de drame nous débarrasse un temps de ce type de délinquants. Le pire, c'est que les statistiques en matière de vol à l'astuce donneront raison à cette logique de l'intimidation. Une logique à laquelle les juges viennent de mettre un frein salutaire en rappelant, certes avec des termes plus choisis, que ceux qui s'estiment faire partie des bons n'ont pas forcément tous les droits et qu'en face d'eux, il existe des plus ou moins méchants qui ne méritent pas tous le même traitement. Le message est délivré mais il n'est pas sûr qu'il ait été vraiment compris. A voir l'expression des nombreux inspecteurs présents dans la salle pour soutenir leur collègue, la leçon a visiblement du mal à passer. C'est pourtant là que réside le véritable enjeu de ce procès. Pas dans la peine infligée au policier, ni dans les misérables dépens de 2000 francs que ce dernier est condamné à verser aux victimes, ni même dans l'action civile qui sera intentée contre l'Etat de Genève par le blessé et les orphelins. L'enjeu est dans ce rappel apparemment nécessaire des règles et des limites imposées aux représentants de la loi et surtout des valeurs que sont la vie ou l'intégrité corporelle. Rappel qui serait aussi bien utile au-delà des frontières cantonales si l'on se remémore ne serait-ce que l'affaire où une patrouille bâloise a tiré 18 balles sur un jeune faucheur de voiture, dont l'une en pleine tête.