«A la fin c'est toujours le mulet qui porte seul le bât.» Cette formule de Narcisse Seppey a eu hier le mérite de donner une image concrète de la blessure qui hante désormais les montagnards. Le procès d'Evolène aura au moins permis de rappeler aux gens de plaine, touristes sans souci et autres arpenteurs des sommets, que la montagne peut être mortelle, qu'elle n'est pas et ne sera jamais entièrement contrôlable et que la garantie absolue et le risque zéro sont des vues d'un esprit contemporain anémié. On notera pourtant qu'un petit vent de paranoïa semble souffler sur les hauteurs. Mourir dans un chalet, aux abords d'un village n'est pas assimilable, comme un accident en haute montagne, à la seule fatalité. Les proches de l'autre famille emportée par la coulée de 1999, alors qu'elle se trouvait imprudemment sur un sentier fermé, n'ont d'ailleurs entamé aucune action en justice. Et s'il faut vraiment chercher un coupable, le nom du suspect le plus sérieux a été prononcé hier par plusieurs intervenants, mais timidement, comme à mots couverts, car il bénéficie d'une immunité totale: pression économique.