Il est toujours risqué de passer d'un extrême à l'autre. Personne ne nie que la politique d'asile a souffert de son laxisme et qu'un trop grand nombre d'exilés ont pu venir en Suisse pour y chercher un revenu sans remplir les conditions requises pour bénéficier du statut de réfugiés. Certains d'entre eux ont ainsi pu commettre des délits ou s'adonner au trafic de drogue. Cette situation a permis à l'UDC de se faire son fonds de commerce électoral, avec le succès que l'on sait.

Ce succès a malheureusement tétanisé les deux partis qui en ont fait les frais, le PRD et le PDC. Il n'est dès lors pas étonnant qu'ils tentent de se refaire une santé en durcissant à outrance, de concert avec l'UDC et son chef de file, les conditions d'admission et de subsistance des requérants d'asile. Le problème, c'est qu'ils ne connaissent pas les conséquences des décisions qu'ils prennent. Personne ne peut sérieusement affirmer, et encore moins démontrer, que la suppression de l'aide sociale et de l'aide d'urgence ne favorise pas l'augmentation du nombre de clandestins.

Il est juste et nécessaire de rendre la législation sur l'asile plus efficace et de raccourcir les délais de recours. Mais il peut être dangereux de prendre des mesures qui risquent de jeter les gens à la rue et de les pousser à la délinquance. Le durcissement à la hussarde proposé par Christoph Blocher, soutenu quasi aveuglément par le Conseil fédéral et le Conseil des Etats, exige que le Conseil national réexamine toutes ces questions de manière sérieuse et approfondie.