La modestie en politique a rarement payé. Le Parti socialiste genevois a néanmoins adopté une attitude pusillanime samedi. Au risque d'apparaître arrogant, il préfère miser sur des «valeurs sûres» en ne lançant que les deux conseillers d'Etat sortants dans l'élection à l'exécutif cantonal. Cette attitude confine au défaitisme non pas révolutionnaire, mais conservateur. Premier parti genevois lors des dernières élections fédérales, il réussit la prouesse de se présenter non pas comme une force d'avenir, mais comme le gestionnaire des acquis. Le durcissement des rapports de force sur l'échiquier politique genevois exigerait pourtant une attitude beaucoup plus offensive. Mais la peur de s'affranchir une fois pour toutes de l'Alliance de gauche, de devoir affronter peut-être deux candidatures Vertes a été plus forte que la réflexion stratégique. C'est aussi la peur d'ouvrir des plaies non cicatrisées qui a poussé le parti à faire un choix minimaliste. La candidature de Véronique Pürro aurait effectivement réveillé des rancœurs et mis sous pression Laurent Moutinot en difficulté au sein de son propre parti. Lors du congrès d'Onex, le spectre de la crise de 1993 a été évoqué à deux reprises. Un hasard? Non, la preuve qu'en confondant audace et arrogance, le Parti socialiste est en train de perdre son vocabulaire.