On peut trouver beaucoup de défauts au rapport parlementaire français consacré à la lutte contre l'argent sale en Suisse. Les connaissances de ses auteurs sur le sujet paraissent parfois superficielles, comme le montre le maniement imprudent qu'ils font de certains chiffres. Leur demande d'abolition du secret bancaire ne repose sur aucun argument concret, et l'on peut discuter des vertus pédagogiques de leur passage tonitruant dans un pays au style politique très éloigné du leur. Mais sous-estimer l'importance de leur travail serait erroné, pour deux raisons. D'abord parce qu'il est naïf de croire que ses efforts en matière de lutte contre l'argent sale mettent la Suisse à l'abri des critiques, au moment où s'engagent de délicates négociations avec l'Union européenne et que demeure intense la pression internationale pour un contrôle accru des flux financiers. Ensuite parce que le rapport laisse apparaître un gouffre entre le discours rassurant des milieux bancaires et des autorités fédérales, et les propos alarmistes tenus par de nombreux magistrats et fonctionnaires chargés de combattre l'infiltration de capitaux criminels. La Suisse ne s'est-elle pas dotée de moyens nettement insuffisants pour faire appliquer une loi sur le blanchiment qui semble trop ambitieuse? Le Département fédéral des finances devrait se poser la question avant que d'autres émissaires étrangers le fassent à sa place.