La réforme Armée XXI bouscule les acquis, c'est son rôle et c'est très bien. Elle tord le cou aux helvétismes, c'était souhaité. Elle ennoblit la neutralité, pour mieux la guillotiner. Elle amorce aussi le virage de la professionnalisation, comme toutes les armées alentour, ses voisines et amies. L'armée suisse perd ainsi, tendanciellement, de son caractère populaire. L'imagerie voulait, malgré la présence au sommet des lignées aristocratiques ou bourgeoises, que le paysan – l'ouvrier déjà moins – soit l'égal, sous les drapeaux, du directeur de banque. Il suffit de prendre note de la nouvelle organisation du service militaire pour s'apercevoir du changement de paradigme. Les choses, désormais, seront à la fois plus simples et plus franches. La défense helvétique a besoin d'une élite. Non pas d'une élite qui se passe les galons comme on se transmet l'argenterie, mais d'une élite formée dans les lycées et les universités. Ce sont ces bassins qui fourniront l'essentiel du corps des officiers de milice. L'armée moderne est technologique, informatisée, robotisée, motorisée. On n'y marche plus, sauf les commandos. Pour «gérer» l'ensemble, il faut des cadres ayant des connaissances pointues.