La question de savoir s'il convient de professionnaliser le poste de président de parti renvoie aux atermoiements récurrents de la classe politique suisse autour de son engagement milicien. Tant que les forces dominantes du pays, entretenant le mythe de l'enracinement dans la «société vraie», maintiendront le tabou sur tout changement fondamental du système, les conseillers nationaux et les sénateurs continueront de vivre d'expédients ou de faux-semblants.

Chaque occasion est bonne pour remettre ce débat séduisant («modernité contre tradition») sur le tapis, et la démission de Rolf Schweiger pour surmenage justifie qu'on s'y attarde. Mais pour le Parti radical, le débat est ailleurs. Loin d'affirmer sa sérénité et sa force retrouvée, le délai qu'il s'est laissé pour repourvoir sa présidence s'apparente à un aveu de faiblesse. Le cahier des charges est clair, le profil aussi, et les candidats qui y correspondent se comptent sur la moitié des doigts d'une main. Dès lors, attendre cinq mois risque d'être plus compris comme de l'indécision que comme de la sagesse. Ou, pire, comme l'expression de la méfiance de ses meilleurs éléments envers une fonction irrémédiablement perçue de manière négative, qu'un toilettage pécuniaire ne changera pas. Car diriger un parti exige d'abord une foi politique, les contingences matérielles restant subalternes.